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Piet Lincken Edith Södergran : A itinéraire suédois, (petite) rivière

8 Novembre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Trois fois je regarde
Je sens qu"il est là il s'est planqué au bar j'ai 
remonté ma casquette sur mes yeux le temps
s'est mis à passer lentement la tasse écumante
sur la table de bois dessus la table cette sorte de
nuage blanc.
Dehors sous quelques pas de neige un immeuble
étranger un immense immeuble de béton et de
fer, derrière la vitrine qui me sépare de la rue
l'air complètement étranger.

-
Des fleurs grises et luisantes à une fenêtre, ces
fleurs, dans cette posture penchée vers le sol,
chaque détail inimitable, ces rues grises, dans la 
disposition même de ceux qui passent, dans les
éclaboussures d'eau sale.

Strandgatan
Haparanda, ville frontière Suède-Finlande.
De Haparanda à Helsinki : 755 km par la route

15/12/2010 : le soleil se lève à 9h45 et se couche à
12h50. Le jour aura duré 3h et 5 minutes.

 

Piet Lincken
Page 40

 

 

rouge comme le magma d'Hekla*, ma lave, ma légende

fait naître la rancune, ne peut atténuer la loyauté trahie
car ce qu'elle porte au doigt est venaison amère,
qu'elle rende à mon coeur son refus, noué aux flancs, un fil

de soie me coupant la lèvre : bouche de chêne vert,
que vais-je faire ? Qui m'escorte si ce n'est la rage,
jusqu'aux bords du baiser ton amant est triste et s'enfonce.

On s'étend sur le sol vert mousse à la bouche,
aussi nu et sage qu'un nouveau-né.
Pour serrer entre ses cuisses des ronces.

 

*Hekla, volcan redouté du sud de l'Islande, toujours
actif.
1491 mètres.

 

Piet Lincken
Page 45

 

 

                                                      La couronne perdue

 

Je me désole comme si j'avais perdu une couronne légendaire.
O couronne de tous les rêves,
ce front blême s'inclinera-t-il et se résignera ?
J'ai tout connu.
Refuser les victoires, cela lui apprend-il l'humilité ?

 

Page 46

 

(E.S., "Framtidens skugga/Ombre du futur", 1920)

 

 

                                                     Le jour se refroidit...

I

 

Le jour se refroidit contre le soir...
Bois la chaleur de ma main,
ma main a le même sang que le printemps.
Prends ma main, prends mon bras blanc,
prends de mes fragiles épaules le désir...
Ce serait singulier à connaître,
une seule nuit, une nuit comme celle-ci,
ta lourde tête contre ma poitrine.

 

II

Tu jetas ta rose rouge de l'amour
dans mon sein blanc -
je retiens dans mes mains brûlantes
ta rose rouge de l'amour qui fane si vite...
O toi le souverain avec tes yeux glacés,
j'accepte bien la couronne que tu me tends,
que tu plies de ma tête à mon coeur...

 

III

 

Je vis mon seigneur pour la première fois aujourd'hui,
tremblante, je le reconnus aussitôt.
Maintenant, je connais déjà sa main lourde sur mon bras
léger...
Où est mon éclatant rire de jeune fille,
ma liberté de femme qui va la tête haute ?
Maintenant je connais déjà sa poigne sur mon corps
palpitant,
j'entends le son implacable de la réalité
sur mes fragiles, fragiles rêves.

 

IV

 

Tu cherchais une fleur
et tu trouvas un fruit.
Tu cherchais une source
et tu trouvas une mer.
Tu cherchais une femme
et tu trouvas une âme -
tu es déçu.

 

Page 52-53

(E.S, "Dikter/Poèmes"1916)

 

 

Il suffit de naître un peu ciel, un peu mer,
un peu insecte -
avec dédain, ne jouissons pas des nids,
dormons loin des ondes blondes, des yeux
et de la bouche
- Qu'ont-elles donc ces filles obstinées,
bleuâtres et
de mauvaise humeur ?
Préférer le ciel à la pensée,
l'élan vigoureux ou Dieu.
Il n'y a donc qu'un moyen d'être neutre et
seul, c'est de se débarrasser des adieux,
des maîtres, des passions, des humains
pour tout dire...

Une mer, un lac, une forêt : ah, la force de
l'inertie balancée par le vent !

 

Au-delà de Karesuando, il faut
passer en Finlande jusqu'à
Kilpisjärvi, au bord du lac du
même nom où le Treriksröset est
la rencontre des trois frontières :
norvégienne, finlandaise et 
suédoise.

 

Piet Lincken
Page 56

 

 

 

                                                                         Du lever de soleil

 

Humanité, humanité,
de la même manière que la pluie tombe du ciel
je fais un pas sur la terre.

 

Mes yeux bienheureux ont vu les étoiles,
j'ai capturé l'éclair dans ma main droite,
puissance, puissance qui dégorge sur mes lèvres.

 

La destinée fit de moi la gardienne du soleil du levant.
Saluèrent toutes les étendues autour de nous -
un nouveau jour maintenant naît.

 

Page 68

(E.S., "Framtidens skugga/Ombre du futur", 1920)
 

 

 

 

Extraits du recueil de Poésie de Piet Lincken  Edith Södergran, A itinéraire suédois,
Atelier de l'agneau
2011


 

 


 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

Piet Lincken

Piet Lincken

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