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THIERRY METZ : LETTRES À LA BIEN-AIMÉE

23 Novembre 2021 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi
















Ouvrir. fermer. Chaque soir.
Une porte.
Un mot.
Puis raconter aux gosses des histoires de chiens, de corbeaux. Ou l'inverse. Il ne s'apercevront
que d'une fatigue.
On n'a qu'un peu de terre dans la voix. Pour 
s'y coucher. Avec eux.

 

Page 14

 

Chambre de l'instant, du désir.
Chambre à un seul lit, à une seule fenêtre.

Petite cuisine où règnent le pain et les pâtes,

Tu te tiens sur la chaise en osier, bancale
mais pourvue d'un coussin, presque un fauteuil
quand le temps se met à la pluie, quand nous
passons du bavardage à des soucis de potier.

Je te regarde sous la seule ampoule
Tout près d'un livre.
Où je veille tard.

 

Page 32

 

Dès l'aube, dans chacune de tes mains, il
faut trouver du feu. Couper le bois.
Allumer la cuisinière.
Aujourd'hui l'écriture prend mal, tarde à
réchauffer la pièce.
J'allume une cigarette. Tu fais du café. En
attendant la neige.

 

Page 40

 

Revenir au plus pressant, le nouer à la chaise,
à la mort.
Faire avec.
Amener l'oiseau jusqu'à la fenêtre, l'inviter
à la table. En faire un monde.
Je n'ai trouvé que ces traces autour de la 
chaise.

 

Page 43

 

J'aime m'allonger contre toi, le soir, sans les
épices de la lampe, une main sur ton ventre,
mon visage entre le cou et les cheveux.
Là :  un oiseau pourrait se poser, sans crainte.
Je sais bien que nous pensons à des soucis, 
à des transhumances. Mais comment ne pas se
mesurer à ce qui est ? à une vie courante ?
Nous n'en parlons pas. Nous sommes où les
quatre vents nous ont amenés.
C'est là qu'est le puits. Ta bouche contre la
mienne comme des gosses qui ont mangé des
fraises, ou fait tomber des pierres pour entendre
jusqu'où on l'entendrait.

 

Page 45

 

Une petite voix que nous connaissons bien
nous rend visite le soir. Une voix d'enfant qui
nous raconte ce qui se passe là-bas, comment 
sont les gens, ce qu'on y trouve. Lentement il
nous berce, nous accompagne jusqu'au sommeil,

nous ferme les yeux...
Non.
Rien de cela.
Qu'une inépuisable, inexorable absence.
Rien qu'une mort.

Et un nom : VINCENT.

 

Il y a nos absences. D'une heure ou de
plusieurs mois, d'un instant.
Qu'allons-nous chercher ? de l'utile ? de l'ac-
cessible ?
Réponse qu'il faut briser comme un bâton.
Savoir aussi qu'il y a quelque chose autour
de nous qui ne sert à rien. Mais qui peut être
aussi précieux que le reste.

 

Page 76

 

Éditions L'ARPENTEUR
 

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