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Lapetiteblessure.over-blog.com

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26 Avril 2014 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Instantanés

Les prières

Sont

des arbres

Noirs

Que seul

Le vertige

dévoile

Au sang

De la sève.

S.L

Photographie de Katia Chausheva.

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Douce

26 Avril 2014 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

Douce

Un murmure

Cristallin

S'endort

Sur ma peau

Humide

Un oiseau

Sur mon sein

Y fait

Son nid

Satiné de pluie

Au coeur

Du coeur

Se mélange

La pureté

Des adieux

Et le chant des oiseaux.

S.L

Photographie de Katia Chausheva, "Too birds".

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Nudité

21 Avril 2014 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

Nudité

La peau

Offerte

Au soleil.

S'endort

Le secret

Des blessures.

Je dormirai

Ce soir.

S.L

Photographie de Francesca Woodman.

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Fabienne Verdier, passagère du silence

19 Avril 2014 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Instantanés

Fabienne Verdier

Fabienne Verdier

 

Au gré du souffle du pinceau, je m'attache aujourd'hui à explorer le génie propre à chaque être : bruissement des branches de bambous, pudeur discrète d'un brin d'herbe, ferveur des jeunes pousses de jonquilles tournées vers la lumière, squelette de l'arbre ployé par les bourrasques d'hiver, tête-à-tête de deux bourgeons, destin d'une fleur au coeur noir, tige d'une vulgaire ronce cherchant l'humidité, éclosion des fleurs de prunier en voie lactée, sourire d'une primevère, humeur impéteuse d'un bois mort...

 

Pour aider à la concentration, je me suis retirée du monde. Les temps de vacuité, de perception intime sont propices au détachement. Plus j'avance, plus je recherche une banalité de vie au quotidien qui m'offre une solitude joyeuse. cette quête de simplicité éveille en moi une profonde réceptivité aux manifestations du vivant et de ses lectures, mêmes infimes. C'est seulement dans cet état de sérénité qu'on peut capter la source de son coeur. Cette ascèse, j'ai mis du temps à la saisir, à la pratiquer vraiment. Entre la théorie et l'éveil réel aux mystères de la vie, l'apprentissage est si long qu'on a peine à y croire. Une chose est certaine : c'est la pratique quotidienne de l'éveil qui donne accès à l'authentique connaissance. Vingt années de réflexion m'auront été nécessaires, vingt années pour que la pensée de mon vieux maître se décante d'elle-même.

 

Peu à peu, je me suis familiarisée avec cette vie, le compagnonnage du silence et la présence du non-dit. Il devenait nécessaire d'oublier le temps, de s'oublier soi-même ainsi que toutes pensées, opinions et cultures acquises. Je puis devenir alors "bois brut", "herbe au vent" ou "brise du printemps". L'esprit léger devient fluide et mobile. On ne se fie plus aux contraintes extérieures. "Faire le vide", en un mot, n'est pas simple affaire d'apaisement. L'unique trait du pinceau, ce "cérémonial du peintre", naît, sous le sceau de l'inspiration, d'un geste spontané, d'une pulsion première, d'une osmose primordiale avec la sève créatrice. Grâce à cette discipline, je tente de vivre "l'esprit un" en sa réalité absolue. On se rend compte que, derrière le vide apparent du silence, la vie grouille de toutes part et c'est alors avec pudeur et émerveillement, qu'on saisit la pensée poétique.

 

 

 

Extraits de " La passagère du silence", Fabienne Verdier.

Fabienne Verdier.

Fabienne Verdier.

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Poésie, Roberto Juarroz

13 Avril 2014 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

Poésie, Roberto Juarroz

Seul l'homme a poids sur la terre,

une histoire de morts

grandie entre les jambes.

Lui ne le sait pas,

mais tout le sait,

car l'homme seulement

a la bouche ouverte,

le coeur perdu entre les dents

et nue plus que Dieu la tête.

Tout le poids est en ses commissures,

dans le vide de sa bouche,

les rides de sa peau,

se figure dans le miroir, le cierge qu'on lui allume

et la fosse qu'on lui creuse

un jour ou l'autre.

Il est peut-être un autre endroit

où tout le reste pèse,

les choses et les anges.

Mais l'homme,

là n'aura plus de poids,

là ne sera personne.

(I,38)

Photographie de Katia Chausheva.

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Je ne connais pas Dieu

7 Avril 2014 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

"L'homme blessé", Gustave Courbet, 1844.

"L'homme blessé", Gustave Courbet, 1844.

Je suis effrayé
Par les feuilles mortes
Et j'ai peur des prés
Baignés de rosée.
Je vais m'endormir.
Si tu ne m'éveilles,
Tu trouveras à tes côtés mon coeur glacé.

Extrait de "Nocturne", Fédérico Garcia Lorca, 1919.

 

 

Je parcours

La colonne

Vertébrale                                L'ossature muette

 

Je ne connais pas Dieu

Ses mains

Emplies de bonté

 

Je ne connais pas la grâce

Le sommeil de l'enfant

Mort                                           Gît en moi

 

                                                      Quel est ce visage

 

Si ce n'est celui qui m'enferme

                                                

                                                       Me happe

                                                      Me lèche

 

Je boite                                     mes exils

Et je m'endors

Aux arbres

 

                                                    Quand descend le crépitement de la ville

                                                    Où personne

                                                    Ni même toi

                                                   Ne me cherchera

 

 

                                                  Je peux mourir.

                                                  Et j'ai peur

                                     Je ne connais pas les anges.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7 Avril 2014.

 

                                                   

                                                 

 

 

 

 

 

 

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Alejandra Pizarnik, Poétesse

7 Avril 2014 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

Derniers mots écrits à la craie par Alejandra Pizarnik sur l'ardoise de sa chambre, 1972.

Derniers mots écrits à la craie par Alejandra Pizarnik sur l'ardoise de sa chambre, 1972.

 

  • "Nous vivons ici-bas une main serrée sur la gorge. Que rien ne soit possible était chose connue comme ceux qui inventaient des pluies et tissaient des mots avec la torture de l'absence. C'est pourquoi il y'avait dans leurs prières un son de mains éprises du brouillard."

 

  • "Comme si de rien n'était. Rien. Bouche cousue. Paupières cousues. Je me suis oubliée. Au-dedans le vent. Tout verrouillé et le vent au-dedans." 

 

  • "Je parle comme ça en moi. Pas ma voix qui s'efforce de ressembler à une voix humaine mais l'autre qui témoigne que je n'ai cessé d'habiter dans les bois."

 

  • "Tu choisis le lieu de la blessure où nous parlons notre silence. Tu fais de ma vie cette cérémonie bien trop pure." ( Poème).

  • "Insiste en ton étreinte, redouble de fureur, crée un espace d'injures entre moi et le miroir, crée un chant de lépreuse entre moi et ce que je crois être." (Invocations).

  • "Quand tu me regardes mes yeux sont des clés, le mur a des secrets, mon effroi des mots, des poèmes. Il n'y a que toi pour faire de ma mémoire une voyageuse fascinée, une flamme incessante." (Qui éclaire.)

 

  • "Si j'éprouve quelque chose d'infiniment doux quand j'écris ces silences ou que surgissent les images de mes poèmes, il ne s'agit pas du plaisir de créer mais plutôt de voir mon étonnement devant les mots. Rien, ni personne en moi n'ose bouger, tourner, rouler. Rien ne se met jamais en mouvement. Rien n'ouvre jamais la bouche si ce n'est pour mordre un silence. Je souffre ou je me tais. Etre bien, c'est être comme une statue. Souffrir, c'est voir une couleur blanche qui court vers des chutes ardentes. Ou bien comme dans un film muet, le tigre qui dévore lentement la jeune fille. Mon étonnement devant mes poèmes est prodigieux." (Journal 1959-1971).

 

​​

Alejandra Pizarnik.

Alejandra Pizarnik.

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5 Avril 2014 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Instantanés

Les jours

sont

comme

des chiens

errants

lâchés

au désir

et à

l'intranquillité

de

la douleur.

12 Janvier 2014.

Photographie de Katia Chausheva.

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L'entre-deux

5 Avril 2014 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Peau d'âme

"Adam et Eve", Gustav Klimt, huile sur toile inachevée, 1917-1918.

"Adam et Eve", Gustav Klimt, huile sur toile inachevée, 1917-1918.

 

Tu es l'entre-deux

Fait

D'Ombre

 

                                  Paysages intérieurs

 

Verrai-je de la lumière

Dans

Ce que tu ne dis jamais

 

                                 Entremêler

 

Ma blondeur

A ta pudeur

Nos intimes nébuleux

 

                                 T'émouvoir

 

Etre un tableau

Un pinceau

Une couleur

 

                                Flamboyante

 

Le tournesol

se couche

Dans mes cheveux

 

                               Et tu viens

 

brûler

A

La source

 

                              Là

 

Tu fermes

Les yeux

 

                             Je ne peux aller

 

Je te vole

Un peu

De ta présence.

 

 

 

 

 

1Février-5 Avril 2014.

 

 

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Mélancolie, Christian Bobin

3 Avril 2014 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

"La madeleine à la veilleuse", Georges De La Tour, 1640-1645

"La madeleine à la veilleuse", Georges De La Tour, 1640-1645

 

La mélancolie se lève chaque matin une minute avant moi. Elle est comme quelqu'un qui me fait de l'ombre, debout entre le jour et moi. Je dois pour m'éveiller la repousser sans ménagement. La mélancolie aime la mort, d'amour profond. Cela fait des années que je lutte avec ces profondeurs, que je m'efforce de limiter leur influence, sans y parvenir toujours. Seule la légèreté de la vie peut chasser l'insondable mélancolie. La légèreté m'est toujours venue du côté de l'amour. J'ai mis longtemps avant de voir ce qui séparait l'amour du sentiment : presque rien, un abîme. Le sentiment est du côté de la mélancolie. Il y tombe à coup sûr, tôt ou tard. Le sentiment et la mélancolie naissent d'une préférence de soi pour soi, d'une complaisance exaltée ou effondrée de soi pour soi. Le sentiment comme la mélancolie sont insondables, pleins de recoins et de remous.

La mélancolie est la variété sombre du sentimental. Le sentiment comme la mélancolie adhère, attache, fusionne. L'amour coupe, tranche, détache, vole. Par le sentiment je suis englué dans moi-même. Par l'amour j'en suis détaché, arraché. Il y'a dans la musique de Mozart un amour guerrier, actif. Il répond à la question qui se pose à moi chaque jour, dès le réveil : comment entrer dans ce premier matin du monde?

 

 

Christian Bobin, extrait de "Mozart et la pluie."

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