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Lapetiteblessure.over-blog.com

Le bleu du ciel m'a glissé des mains

27 Février 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tes mains portent le dernier poème
 

Entre le renoncement
et l'insatiable vérité

 

Un arum se déploie dans ma gorge nouée

 

J'oublie qui  je suis
  

 

 

 

Le 27 Février 2017
Photographie de Katia Chausheva

 

                                                                                                       



 

 


 


 

 

 




 


 

 

 

                                 

 

 

 


                    

 

 

 

 

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Nathalie Michel : Veille

18 Février 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J3

Autrefois une araignée m'a tenu compagnie tout un hiver. Il n'y avait qu'elle et moi dans la maison glaciale. Elle n'a pas bougé durant des mois.
Je ne détruis plus les toiles qu'elles tissent dans l'angle des fenêtres, entre les herbes.

 

Grandes pluies et bourrasques de vent. Ciel anthracite, jaune.

 

 

Page 8

 

 

J24

Les deux araignées sont parties laissant leurs lits de poussière.

Dès le réveil j'ai regardé le ciel. Les nuages passer.
Quitter le cadre.
Rythmes et destinations variables selon distance et épaisseur.

//////////

 

Longtemps  après, le ciel, bleu, défait de ces informités, n'a plus changé.
J'ai quitté mon lit, j'ai commencé la journée.

Les nuages, le jeune lièvre accidenté, le sourire du grand inconnu, la petite bonne femme usée, le rire des enfants, les averses, la mort du clown, les cris des enfants, la gaieté de la petite blonde, l'énergie de la grande brune, le regard des enfants, le fou du parc, la chimio du client, la pharmacienne lasse, les poèmes de Pasolini, le calme des méditants, l'eau dans les yeux, l'accueil des chats, les paroles de l'ami, le cancer du gentil bonhomme, la lune fine au-dessus du champ, la grosse étoile, l'insaisissable, la hâte d'être là dans la lumière de l'écran, dans la nuit.

Oksastus

 

 

Page 16

 

 

J48

Le ciel bleu   /   rien dedans

Les oiseaux
fond vibratoire au bord de la ruche
tout dans la lumière croît et s'éteint.

 

Non je n'ai pas décrit le miroir. J'ai été lui. Et les mots sont eux mêmes, sans ton de discours.

 

Avec le fleuve c'était pareil.

 

 

Page 26

 

 

J51

D'Est, le vent, sec. Ciel bleu dur. Les haies se tordent.

 

Je ne sais pas ce qu'est ce journal. Si je dois l'écrire encore. Il n'est pas intime, pourquoi ?
Est-il donc journal ? Non pas récit des jours mais autre chose, l'en soi réel lié aux sensations émises par tout ? Béquille au poème qui ne se fait plus ? Nécessaire.

 

 

Page 27

 

J53

Avec le temps, on gonfle. On se remplit. Les musiques, les paysages, les lectures, les découvertes que nous faisons seuls ou celles que nos amis nous donnent. On gonfle par l'échange, par la conversation, on devient plein. La faim s'apaise, l'impatience faiblit. 
On apprend même à faire le vide, il faut créer un peu de vide pour accueillir encore. On gonfle sans s'alourdir, ça rend léger tout ce qui nous fait.
On gonfle du gonflement des autres, de l'énergie cosmique, des sensations, on gonfle mais ce n'est pas tout à fait de l'air.

 

...
ça ne m'ennuie pas de gonfler
je me demande quand même si il n'y a pas une fuite

 

Du souffle toujours le souffle...

 

 

Page 28-29

 

 

J54

C'est beau, très beau, là où je vis. ça répare. Chaque jour il faut réparer. Le monde souvent nous abîme. Il nous jette dans le noir, dans sa laideur. Il y aura toujours des hommes ou des bêtes par terre...

Ce qui répare...c'est ce qu'il leur faut aux laissés. Ceux qui se réfugient dans des jardins publics pour rester ensemble au milieu des grandes villes. Hors de nos regards. Réparer ?

Comme un chien, couché, l'homme, ce matin à l'entrée de l'immeuble de la toute petite ville.
Il y a ça, les chiens, des hommes qui se sont couchés par terre au milieu des passants, qui n'attendent plus rien.

Comment rester, passant ?

Tout est dans le regard, même quand les paupières sont closes, nous avons besoin que des yeux restent ouverts sur nous. Tous. C'est ça, veiller.

Le livre de photos de C, il  fait ça, restituer, le regard sur ce qui  n'est plus vu et donc en état de disparition.

Remettre en état, restituer, redonner lieu et place.

 

Les maux du monde
pénètrent dans
nos plaies

                                                  grandes ouvertes.

 

 

Page 30

 

 

 

J56

Je reviens, au ciel  bleu de ces derniers jours, à la fraîcheur de l'air la nuit qui empêche les légumes de pousser. A ce soir.
A des poussées de sanglot restées dans la gorge, à la colère sourde, à mon calme.

Les humains, nous, c'est parfois au-delà de la cohérence. Je ne supporte plus les images.
Le recul, je dois prendre du recul, laisser le temps s'emparer de ma sensibilité. ça va passer.
Mais ça revient toujours parce qu'on sait, ce n'est pas comme si on ne savait pas, ce qui arrive.

Les hommes échouent, certains sur des rochers, les autres dans leurs prisons dorées. Nous échouons ensemble, nous crions tous à en devenir sourds. Derrière des murs, derrière des fils.
Nous nous faisons face. Entre les deux pourtant, la vie. Notre lien profond.

 

Tant d'opposition entre nous...

 

 

Page 32-33

 

 

J74

Le soleil brûle, tout, même le vent.

 

Le corps appelle des matières autres, la sensation se déplace en périphérie, à la limite.
La peau est à nu. Elle cherche contact. Frissonne.

Les végétaux grandissent, les animaux dorment dans l'obscurité.

 

 

Page 41

 

 

J80

5h25  Les oiseaux peut-être
Il pleut, je tousse depuis des heures, ça fait mal. Dormir.
La terre sèche.

 

9h00 l'orage
Le tonnerre roule sur la terre.
la pluie        démente
Efface

 

Les oiseaux, gouttes, silence

 

Derniers grondements, loin, vibrations du sol

Où est passée la lumière aride ?
Le grand éclat brûlant ?
Mon amour les mots reviennent sans cesse au bord des lèvres, restent dans la bouche et n'atteignent pas la chair sur laquelle ils veulent se jeter comme des taons. ça pique à l'intérieur.
Le tonnerre, ses restes ronds, roulent, dévalent depuis l'horizon jusqu'ici.
Les grondements de la terre nous portent.

Le chat ronronne, les oiseau crient.

 

10h07 percussions
la pluie cogne sur les vitres

 

10h28 je lis
la pluie change de ton
je ferme les yeux
elle m'inonde
la stéréo des vasistas

 

                                        L'eau est l'élément contraire à la paresse

 

12h10
Spasme géant, dernier coup de foudre.

 

19h30
Ils ont dit non ou plutôt oui à la vie. Dans la plus grande incertitude.
La Grèce, la possibilité d'une île...

 

 

Page 43-44

 

 

J83

Ciel très gris, l'air est froid, convalescence. Joie indemne.

J'accumule des livres tout autour de mon lit, dans mes sacs, sur les tables, sur les chaises de la cuisine, dans la voiture. Je les déplace, j'aimerais les emmener en voyage, en Grèce, en Italie, en Arménie, en Roumanie, en Auvergne, en Patagonie. Je ne sais pas quand je les lirai, j'attends, je vais les déplacer encore un peu avant de les ouvrir.

 

 

Page 45

 

 

 

 

 

Nathalie Michel
Veille

éditions LansKine
Décembre 2016

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Une seule main : hiver

8 Février 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une seule main
pour
ne pas blesser
l'oiseau 
de l'hiver

 

Une seule main
pour 
ne pas perdre 
l'émerveillement
d'un ciel de neige

 

                                  Combien de joies cachées 
                                  attendent
                                  de l'autre côté des saisons ?

 

 

 

 

Le 8 Février 2017
 

Photographie de Katia Chausheva
Une seule main
                                  
                                  

 

 

 


                                                                                                           
 

                                                          
 

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Fragile

3 Février 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et
Même s'il est écrit
chaque matin qui renaît


Les rêves deviennent des enfants sans visage


Je bois à la source 
chaude
où s'éveille la lenteur du geste

 

 

 

 

Le 3 Février 2017

Photographie d'Arslan Ahmedov



 

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Claude Albarède : Le dehors intime

2 Février 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1.

 

Ne pas souiller
ni ajouter
trop de poids 
au silence

Comme les pas
devant la neige
ne pas risquer
la page blanche

Aller au point
contre le vide
où l'horizon
s'ouvre en lumière

Gagner le large
du plus secret
nicher l'immense
au plus intime.

 

Page 17

 

2.

 

Quand tu veux dire
ce sont les mots
qui te retiennent
devant la porte
avant d'entrer

Faut-il saluer
celle qui reçoit
si jeune et si fière
en cheveux mêlés ?

Dénouer ses tresses
et trouver pour elle
les mots de personne ?

 

Page 20

 

3.

 

Au plus près
quand la terre
avec le pas
devient
présence de mémoire

ou poussière d'été
soulevée par sa hâte
à gagner la lumière

sans trêve ni patience
au plus près de l'oiseau
dans l'âme du serpent

qui s'élance avec l'air
ou s'ébroue
sur la terre.

 

Page 21

 

4.

 

Dans la chambre fraîche
le bourdonnement d'une mouche bleue
l'idée d'un pétale pris dans les rideaux
l'espagnolette en clé
longue contemplation
cultivant les désirs

J'écarte un peu le drap de lit
juste ce qu'il faut
pour ne pas déranger la solitude

Elle est si près
avec son corps brûlant.

 

Page 24

 

5.

 

Si le poème nous échappe
"Présent d'absence" est un beau titre
chaque mot réussit sa course
à l'entame du coeur blessé
un bouquet d'immortelles y tremble
source et sèves perpétuées

Comme si le ruisseau qui file
à la rencontre du courant
ne donnait pas l'envie d'attendre
près d'un arbre qui prend racine

Poussées par un vent déchirant
ces paroles autant que des feuilles
ont rejoint le poème-osé
dans l'entre-bouche d'une source
où tremblant perdure un bouquet.

 

Page 31

 

6.

 

Comme un chemin
qui s'échappe
et débute

tu restes là
déjà ailleurs
parmi les pierres
et le chemin

Tu fuis les rues
du vieux village
tu restes là et tu t'échappes
comme un chemin
qui boîte un peu
en s'en allant
parmi les pierres

Les bras perdus
le dos voûté
dans la lumière
lourde à porter.

 

Page 32

 

7.

 

Le temps erre et ne passe pas
nous partons, revenons, tentons
d'atteindre
parmi les ruines la vie qui dure

Leur pauvreté nous dépossède
elles n'ont d'intime
que le dehors perdu

Où l'herbe germe la pierre s'ouvre
cherche à donner le coeur qui manque 
comme ces mots si attendus
que la poussière tombe en poème

Cette victoire de chaque instant
que le temps foule
et désagrège.

 

Page 44

 

8.

 

Le jour devant l'abîme
je ne peux faire plus
que le vent
le nuage

Je ne peux penser plus
que la marche le long
de la crête et du vide

Ni réussir
comme cet arbre
debout en soi
si solitaire

où je m'asseois
pour me donner
le temps d'atteindre
ce que je sens.

 

Page 60

 

9.

 

Une lampe allumée
brouille plus juste encore
la nuit de sa lumière

Derrière la buée
de la vitre les gens
effacent peu à peu
le visage qu'ils ont

à l'offre du foyer
donné dans le silence
corps à corps rapprochés

Quoi leur dire de plus
que ces mots embués
écrits du bout des doigts
sur la vitre muette

qui se griffe en passant ?

 

Page 74

 

10.

 

Quand le vent passe
comme un rideau
dans la lumière
où s'ouvriraient
deux lèvres rouges
la neige est tendre

comme un vertige
qui oublierait l'irréparable
pour effacer, voluptueux,
le froid rupestre

ou comme un cri libérateur
de ces tenailles
qui bloqueraient
le seul plaisir
de fondre en douce.

 

Page 103

 

 

 

Claude Albarède "Le dehors intime" avec peintures de Marie Alloy
Editions l'herbe qui tremble
2016

 

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