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Articles avec #instantanes tag

Lettre de Bram Van Velde à Samuel Beckett

2 Octobre 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Instantanés

 

 

 

 

 

 

 

Je suis au parc, un soleil d'été fait oublier des jours déjà froids et un commencement de grippe,
mon côté faible. C'est possible que l'hiver sera dur à Paris, mais la vie reprend de plus en plus et
nous serons nombreux pour partager la misère.
Votre lettre, Sam, m'occupe comme tout ce que vous me dites sur mon travail parce que c'est
rare de trouver un homme qui sait ce qui l'intéresse et tirer une pensée claire d'une chose aussi insensée.
J'ai revu la peinture verte et rouge ; je vous demande de quel espace est né ce tableau - de ce coin de misère de Montrouge ou de n'importe quel coin de misère ? Je fais de fols essais de me rattraper mais je n'arrive pas, seulement je m'approche un peu. Même avec des souliers pleins de poussière et troués, le garçon vous sert poliment un bon café chaud sucré et ce petit feu pour allumer la cigarette est là. Paris est bon.
La solitude avec nous-mêmes et quelle étrange force qui ne nous (laisse pas) prendre la fuite toujours, la réalité ? vie moi aussi je ne le pense pas- mon travail c'est un saut, un salto vers la vie, vers l'énergie qui fait vivre.

 

 

 

Extraits de lettres dactylographiées par Marthe Arnaud à une époque indéterminée

Bram Van Velde
Lettres à Marthe Arnaud, Françoise Porte, Jacques Putman

Préface de Jean-Luc Nancy

Editions Verdier
2012


 

 

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Dessin naïf : Jeune garçon

28 Août 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Instantanés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 27 Août 2017

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Dessin naïf : L'instant bleu

28 Août 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Instantanés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 16 Août 2017

 

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Le garçon aux épis

24 Juillet 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Instantanés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dessin naïf,
Pour Mathis,
Le 21 Juillet 2017
S.L.

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C'est l'été et je suis triste

22 Juillet 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Instantanés

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dessin naïf,
Le 18 Juillet 2017
S.L.

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Vincent Van Gogh, lettre à sa mère (12 Juin 1890)

25 Septembre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Instantanés

Photographie de Katia Chausheva, Reminiscence of the North (tribute to my passion to Vincent Van Gogh).

Photographie de Katia Chausheva, Reminiscence of the North (tribute to my passion to Vincent Van Gogh).

 

 

 

Chère mère,
J'ai été frappé, dans votre lettre, par le passage où vous dites que, pendant votre séjour à Nuenen, vous avez tout revu " avec un sentiment de reconnaissance que cela vous ait appartenu autrefois "--et celui de l'abandonner, sereinement, à d'autres.
Insaisissable, comme des images dans un miroir -- c'est ainsi que cela s'est passé ; la vie, le pourquoi des séparations et des départs, la persistance de l'angoisse, il n'y a rien de plus à en comprendre.
   Pour moi, la vie peut bien demeurer solitaire. De ceux à qui j'ai été le plus attaché, je n'ai rien saisi de plus que des images dans un miroir.
   Et pourtant, il y a une chose bien réelle, le fait qu'il y ait aujourd'hui, parfois, plus d'harmonie dans mon travail. La peinture se suffit à elle-même. J'ai lu quelque part, l'année dernière, qu'écrire un livre ou faire un tableau, c'est comme avoir un enfant. Même si je n'ose prendre à mon compte cette affirmation, j'ai toujours pensé que la dernière chose était la plus naturelle, la meilleure, en admettant qu'il en soit ainsi, en admettant que les trois se valent. C'est pourquoi je fais de mon mieux, bien que ce travail-là soit justement le moins compris, et c'est le seul lien qui relie pour moi le passé au présent.
 Il y a beaucoup de peintres ici, au village, près de chez moi toute une famille d'Américains passe ses journées à peindre, mais je n'ai encore rien vu sortir de leur travail, en général, c'est plutôt mince.
 Théo, sa femme et son enfant sont venus dimanche, et nous avons déjeuné chez le Dr Gachet.
Mon petit homonyme a fait, pour la première fois, connaissance avec le monde animal, vu que la maison compte huit chats, trois chiens, ainsi que des poules, des lapins, des canards, des pigeons, etc., en grand nombre. Mais il n'y a pas encore compris grand-chose, à mon avis. En revanche, il a bonne mine. Théo et Jo aussi. Je me sentais très réconforté d'être plus près d'eux. Je pense que vous les verrez d'ici peu, vous aussi.
Encore une fois, merci pour votre lettre, j'espère que Wil et vous-même êtes toujours bien portantes et je vous embrasse en pensée.

 

 

 

                                                                                    Votre affect.
                                                                                                                       Vincent.

 

 

 

 

Van Gogh,
dernières lettres.
Page 52-53
Editions Mille et une Nuits,
Septembre 2002.

 

 

 

 

 

 

 

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Chants juifs, Sonia Wieder-Atherton.

19 Octobre 2015 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Instantanés

Sonia Wieder-Atherton.

Sonia Wieder-Atherton.

 

 

 

Prière

 

Un funambule monte sur son fil. Il est encore porteur du brouhaha de la vie quotidienne.
Il s'en détache petit à petit et avance. Il penche sur sa gauche, il rectifie, puis il se penche sur sa droite, rectifie encore. Il attend, il avance encore un peu, s'aide de sa perche. Puis il s'équilibre : lui, le fil et l'espace ne font plus qu'un. C'est un moment d'unicité. Le funambule crée un espace indépendant de la mesure du temps. Il entend aussi bien les voix de ceux qui sont là que des voix qu'il est le seul à entendre. lles se mêlent et se mettent même à bavarder. tout est fluide.
Il creuse chaque seconde qui passe mais n'a pas peur de sa fin. Puisque tout est réuni.
Il avance. Il a traversé. Il descend. Il a fini de prier.

 

 

 

Chemah

 

"Chemah" : "écoute".
Pour écouter il faut être assez près. Pour écouter il ne faut pas trop vouloir sinon on n'entend plus rien. Pour écouter il faut presque se cacher, comme dans les herbes, la nuit, quand on veut être témoin d'instants de vie d'animaux sauvages. Pour écouter il faut se dire qu'il y a des choses qu'on n'entendra pas parce qu'elles gardent leur secret.
J'aime cette sensation que parfois je détourne le regard parce que tout n'est pas lisible, tout n'est pas prenable. Ce qui donne la profondeur à ce que j'écoute, à ce que je regarde c'est je crois la présence du visible et de l'invisible. C'est la vibration du secret qui me donne la possiblité d'imaginer, de deviner, de partager. C'est ce secret qui m'attire, me questionne. C'est aussi lui qui m'interdit le rapport simplifié, réducteur avec une parole, avec un texte, avec une image. Il me vient encore une phrase russe. Natalia Chakhovskaïa me dit un jour de quelqu'un : "il joue bien mais il tutoie la musique". Je crois que c'est de cela qu'elle parlait. Un tutoiement qui la gênait car c'était peut-être une insensibilité au mystère.

 

 

Chant hassidique

 

Pologne, 1698. Naissance du Ba'al Shem Tov, le créateur du hassidisme. Son enseignement crée un renouvellement de la pensée et de l'action, et se répand comme un feu follet dans toute l'Europe de l'Est. C'est une sorte  de révolution, de retour à la vie après une période noire de l'histoire. Le Ba'al Shem Tov avait un arrière-petit-fils, Nahman de Bratslav. Un personnage fascinant et terriblement attachant. Un conteur, un inventeur, un dérangeur. A travers ses contes, ses dictons,  surgissent le besoin de questionner, de chanter et de danser, le besoin de se révolter, de ne plus avoir peur. C'est l'homme de l'étincelle.
Un conteur...Je crois que mon grand-père en était un.
Quand je pense à eux, à mes grands-parents, j'entends les "r" roulés, et je les vois l'un à côté de l'autre, debout sur leur petit balcon, remuant leur bras droit en guise d'au revoir dans un rythme lent et synchronisé, lui avec son inséparable chapeau noir, elle avec son manteau et son sac à main, jusqu'à ce que notre voiture ne soit plus à portée de vue.
Chez eux je passais de longs moments dans la salle de bains à fixer ses chaussures à lui, solides, très bien entretenues. Je les regardais, bien alignées, comme si elles contenaient des secrets. Ceux des histoires qu'il n'a pas racontées. Son arrestation, puis la fuite de Roumanie, comme tant de juifs. Des années plus tard, après leur mort à tous les deux pendant mes études à Moscou, j'ai appris par ma mère le rôle primordial qu'avaient joué les chaussures pendant leur fuite, sur un bateau.
Pourquoi est-ce que ma grand-mère ne m'a rien dit de ses études avancées de musique quand elle m'a vue commencer à mon tour ? Pourquoi a-t-elle arrêté le piano brutalement ? Pourquoi ce silence ?

 

 

Elégie

 

Quand je dis  "Elégie" je pense à des images. Je pense à de longs plans fixes. je vois des juifs d'Europe de l'Est émigrés aux Etas-Unis; ils sont installés dans un terrain vague à New York, assis à des tables ou debout, ils nous font face.
J'entends le récit de la soeur qui a perdu son frère dans les camps et qui pourtant croit le voir à chaque coin de rue. J"écoute le vieil homme de 85 ans qui termine un chant en yiddish par une note aiguë, fragile, cristalline, montrant les étoiles d'un geste de la main comme s'il voulait que cette dernière note les atteigne. Je vois cet autre homme qui cherche la rue Stanton, les tentatives de toutes celles et ceux qui l'entourent pour lui expliquer le chemin, et la conclusion de tous : il n y a pas de chemin pour aller rue Stanton.
Ce sont les personnages du film Histoires d'Amérique de Chantal Akerman. C'est pour eux, à la demande de Chantal, que j'ai fait ces recherches de musiques juives. Pour les accompagner. Pour les bercer. Pour ponctuer leurs récits. C'est comme ça que ces Chants juifs sont nés.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Extrait, journal de Joyce Carol Oates.

25 Août 2015 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Instantanés

Extrait, journal de Joyce Carol Oates.

 

 

 

Un journal comme un travail de prise de conscience.
Tenter de noter, non seulement le monde extérieur, non seulement les "pensées" vagabondes, fugitives, éphémères, qui nous frôlent comme des moucherons, mais l'authenticité réfractaire
et inviolable de la vie quotidienne (quotidienneté, journalité, normalité, banalité).
    Le défi : noter, sans falsifier, minimiser ni "dramatiser", les processus extraordinairement subtils par lesquels le réel est rendu plus intensément réel par l'entremise du langage. C'est-à-dire par l'entremise de l'art. Analyser sans relâche la "conscience" que j'habite, qui est habitée avec autant d'aisance et de grâce qu'un serpent habite sa peau remarquable... et avec aussi peu de conscience de soi. "Mon coeur mis à nu".
   La rigueur sévère d'un confessionnal qui est toujours en séance mais ne peut promettre aucune absolution.

   "Il n'y a de bonheur que dans la raison, dit Nietzsche.
La raison suprême, cependant, je la vois dans le travail de l'artiste, et peut-être le vit-il ainsi...
Le bonheur réside dans la rapidité du sentiment et de la pensée : le reste du monde est lent,graduel et bête. Quiconque pourrait percevoir la course d'un rayon de lumière serait très heureux, car elle est très rapide..."
  La solitude de Nietzche. Stoïcisme : et puis frénésie.
(Le stoïcisme ne finit-il pas par mener à la frénésie ? ).
Aspirer à l'isolement de Nietzsche quand on a amour, mariage, famille et vie sociale. Un exploit que même Nietzsche soi-même n'aurait pu accomplir.

 

 

 

 

Page 20.
Journal de Joyce Carol Oates, 1973-1982.
Editions Philippe Rey, 2009.
 

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Extrait, lettre de Marina Tsvetaeva.

22 Juillet 2015 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Instantanés

Extrait, lettre de Marina Tsvetaeva.
Le 25 février 1931

  Et quelques mois plus tard :


MON DESTIN
- en tant que poète -


dans la Russie Prérévolutionnaire, est celui d'une indomptable, tandis qu'est en partie in-volontaire mon exclusion du cercle littéraire pour cause de mariage précoce avec un non-homme de lettres (N.B.! le cas est rare!), de maternité précoce et passionnée, et surtout - pour cause de répulsion innée envers tout esprit de cercle. Rencontres avec des poètes (Ellis, Max Volochine, O.Mandelstam, Tikhon Tchouriline)
pas - du poète, mais de l'être humain, et plus encore - de la femme : de la femme qui aime à la folie la poésie. Le lecteur ne me connaissait pas, car après mes deux premiers recueils, d'enfant - imprimés à compte d'auteur, sans maison d'édition - toujours en raison de mon isolement littéraire, mais aussi de ma singularité : je détestais par exemple la poésie en revues - on ne m'imprimait nulle part. Mes premiers poèmes dans une revue - Les Annales Contemporaines, car on avait beaucoup insisté et les éditeurs m'avaient beaucoup plu, - relèvent de l'amitié. Immédiate renommée parmi les poètes. Qui n'atteignit pas un large public, car la revue était nouvelle - et devait bientôt cesser.
Tout cessa bientôt.
  La révolution, 1918 : je lis mes vers au Café des poètes. Je me produis une fois dans une soirée de poétesse. Succès - sans faille, surtout - Stenka Razine ;
" Et sonnent-sonnent les bracelets : - Tu as coulé à pic, toi-le bonheur 
de Stenka !"
  Avant de quitter la Russie, je publie chez Arkhipov (je n'invente pas !) une petite plaquette, Verstes (petit recueil); les Editions d'Etat me prennent mon 
Tsar-demoiselle et les autres Verstes, les grandes.





Marina Tsvetaeva (1892-1941)
Extrait de "Vivre dans le feu"
           Confessions.

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Extrait, La quatrième Elégie, Rainer Maria Rilke

18 Juillet 2015 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Instantanés

Extrait, La quatrième Elégie, Rainer Maria Rilke
Ô arbres de la vie, à quand l'hiver ? Nous ne sommes point accordés, point avertis 
comme les oiseaux migrateurs. Dépassés, nous nous accrochons trop tard, tout à coup
aux vents pour retomber sur un lac indifférent. Simultanément, nous avons conscience de fleurir et de nous flétrir. Et quelque part marchent encore des lions
qui, dans leur magnificence, ignorent toute faiblesse.

Mais nous, aussitôt que nous voulons penser entièrement l'Un, l'Autre s'impose déjà
à notre sentiment. L'inimitié, c'est ce qui nous est le plus proche. Des amants, qui s'étaient promis de larges lointains, la chasse et le foyer ne découvrent-ils pas sans cesse, l'un dans l'autre, les bords de leurs abîmes intérieurs ? Pour nous
permettre d'apercevoir le dessin d'un instant, on prépare péniblement un fond tout 
d'opposition. Car l'on s'exprime très clairement avec nous. Mais nous ignorons le contour de notre sentiment et ne connaissons que ce qui de l'extérieur le modèle.

Qui n'était assis plein d'anxiété devant le rideau de son coeur ? Il s'ouvrit : la
scène représentait les adieux. C'est facile à comprendre. Le jardin familier. Il frémissait légèrement. Ensuite seulement vint le danseur. Pas lui. Assez. Et malgré sa désinvolture, il n'est que déguisé et deviendra bourgeois et entrera chez lui par la cuisine. Je ne veux pas de ces masques à moitié vides, plutôt la poupée. Elle est pleine. Je veux supporter le pantin, le fil et ce visage qui tient
tout entier dans son apparence. Je reste ici, même si les lumières s'éteignent et si l'on me dit : c'est fini, et que la scène, dans un courant d'air gris souffle le vide. Plus aucun de mes ancêtres silencieux n'est à mes côtés, pas une femme, pas même le petit garçon à l'oeil marron qui louche. Je resterai quand même. Il
y a toujours quelque chose à voir.

N'ai-je pas raison, ô père, toi qui, à cause de moi as goûté à l'amertume de la vie
en goûtant à la mienne. Et comme je grandissais, tu goûtais toujours à nouveau à la trouble infusion de mon devoir. Et, préoccupé par l'arrière-goût d'un avenir si étranger, tu examinais mon regard lourd de ma faiblesse. Ô mon père, depuis que tu es mort, tu as souvent peur au coeur de mon espoir. Et pour l'amour de ce rien qu'est ma destinée, tu renonces à cette indifférence qui est le bien des morts, à tes empires d'indifférence. Dis, mon père, n'ai-je pas raison ?...
   Et vous, n'ai-je pas raison ? Vous qui m'aimiez à case de ce faible début de mon amour pour vous, que je perdais toujours parce que l'espace dans votre regard -
quand je l'aimais-passait dans l'espace cosmique où je ne vous trouvais plus...
   N'ai-je pas raison si j'ai envie d'attendre devant la scène des marionnettes, de regarder si pleinement qu'à la fin, pour faire contrepoids à mon regard, un ange doit paraître en acteur qui mettra tous les pantins debout. Ange et poupée, tel est finalement le spectacle. Voici assemblé ce que notre présence ne cesse de séparer. Voici naître enfin, de nos saisons, le cycle de toutes les métamorphoses.
Le jeu de l'ange nous dépassera infiniment. Vois les mourants, ne devraient-ils pas pressentir à quel point tout ce que nous faisons ici n'est que subterfuge. 
Rien n'est soi-même.
   Ô heures de l'enfance où derrière les images il y avait plus que le passé et, devant nous, point l'avenir. Certes, nous grandissions et, parfois, nous avions hâte d'être bientôt grands, un peu pour l'amour de ceux qui n'avaient plus pour eux que d'être de grandes personnes. Et pourtant, dans nos pas solitaires, nous goûtions la joie que donne ce qui demeure et nous nous tenions dans l'interstice
entre l'univers et le jouet, dans un lieu qui, de tout temps, a été créé pour un évènement pur.

  Qui nous indiquera la place de l'enfant ? Qui l'établira dans sa constellation et lui mettra à la main la mesure de la distance ? Qui formera la mort de l'enfant de ce pain gris qui durcit, ou qui laissera cette mort dans la bouche toute ronde, comme le trognon d'une belle pomme ?...

  Les assassins sont faciles à comprendre.
Mais comment saisir ceci, contenir cette mort, toute la mort-la porter si doucement
avant même qu'on soit en vie et n'en pas prendre ombrage ? Cela reste sans nom.




Rainer Maria Rilke.
Elégies de Duino.
Editions Allia, 2015.


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