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Piet Lincken Edith Södergran : A itinéraire suédois

1 Novembre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                            A /O

 

 

 

A Eros

 

Eros, toi le plus cruel de tous les dieux.
pourquoi me guidais-tu jusqu'au sombre pays ?
Lorsque les fillettes ont grandi jusqu'à
être exclues de la lumière
elles sont jetées dans la pièce sombre.
Mon âme ne planait-elle pas comme une heureuse étoile
avant qu'elle ne soit tirée dans ton anneau rouge ?
Vois, je suis liée des mains et des pieds,
sens, je suis contrainte par toutes mes pensées.
Eros, toi le plus cruel de tous les dieux :
je ne fuis pas, je n'attends pas,
je souffre seulement comme un animal.

 

Edith Södergran
Page 12
le pays qui n'est pas, 1925
Traduction : Piet Lincken

 

 

Je t'ai vue la première fois, tendant les mains vers le
renard,
d'une autre façon encore aux plumes merveilleuses
des oies cendrées, une foule de choses, de l'oeil au geste,
que je raconterai plus tard, pour éviter les pertes du vol
d'hiver.

En apparence errent mes yeux,
au milieu de quelques ares de bois,
si chaud ton visage qui m'empêche de voir,
heureuse peut-être la prairie que ton pied a foulé,
notre course est si leste
que les busards volent pour l'extase dans cet air
saturé de salive.

Le vent emporte bien,
enlève la goutte, le nuage, la souche

 

Piet Lincken
Page 13

 

 

Vierge moderne

 

Je ne suis pas une femme. Je suis neutre.
Je suis un enfant, un page et une hardie résolution,
je suis une riante raie d'un soleil écarlate...
Je suis un filet pour tous les poissons gloutons,
je suis un vivat en l'honneur de toutes les femmes,
je suis un pas vers le hasard et la perte,
je suis un saut dans la liberté et en soi-même...
Je suis le chuchotement du sang dans l'oreille de l'homme,
je suis un frisson de l'âme, le désir et le refus de la chair,
je suis un panneau d'entrée du nouveau paradis.
Je suis une flamme, cherchant et effrontée,
je suis une eau, profonde mais audacieuse jusqu'à hauteur des
genoux,
je suis feu et eau en sincère alliance sur de libres conditions...

 

E.S, 1916
Page 14

 

Vouer tout homme à la servitude,
à la calamité d'un héritage, coupé comme un arbre
et jeté au feu : voilà ce siècle.

Des reins la semence se déverse et allège la chair,
jouir de la hardiesse des forces, ni vers le nord, ni vers le
sud, ni ailleurs,
la terre témoigne : c'est sous tes pieds que tu as de la 
richesse.

Habits somptueux, troupeaux de toute espèce,
chemin resserré mais large est l'horizon,
la chair ne connaît aucune tristesse :
sur l'eau subsiste une algue.

Ne point chercher le grand, le petit comble,
ne point se lever trop haut, le bas est à portée de main
                                   (l'ange aussi est descendu)
ne point tant user de mots

 

/Le temps s'est mis à passer lentement la tasse
écumante sur la table en bois dessus la tasse
cette sorte de nuage blanc qui s'élève vers le
ciel le temps qui passe a une lenteur équivoque.

Le long du lac de Tärna/

 

Piet Lincken
Page 15

 

 

Le vent souffle fort elle se cache le visage; le 
vent s'engouffre dans la robe et la robe gonfle.
Elle ouvre grand la bouche, elle avale l'air
chargé de poussière. La lueur que fait le soleil au
travers des nuages blanchit la peau. Elle essaie
d'ouvrir les yeux mais le froid lui fait couler deux
grosses larmes. Elle essaie de retenir la robe qui
se trousse. Elle essaie à nouveau d'ouvrir les 
yeux et par-delà des branches luisantes elle
entrevoit la baie saisissante de Sundsvall.

(quoiqu'il en soit elle se laisse pleurer, elle laisse
dégorger les yeux et cela lui réchauffe les joues)

 

P.L
Page 17

 

 

Hymne animal

 

Le soleil rouge se lève
sans qu'on y pense
et il est le même pour tous.
Nous nous réjouissons du soleil comme des enfants.
Viendra un jour où notre corps de poussière se décomposera
et pourtant tout cela sera pareil.
Maintenant le soleil continue à rayonner jusqu'au plus
profond de nos coeurs
se déversant sur tout inconsidérément
intense comme la forêt, l'hiver et l'océan.

 

(E.S," Framtidens skugga/Ombre du futur", 1920)
Page 33

 

 

Aujourd'hui, comme toujours, s'entredéchirant,
le monde s'emporte, avec ses milliards de vies.
Le vent que je ne peux voir amasse autour de ma tente
des bêtes hailleuses, de la boue.

Rien ne dure. Même des lèvres lisses.

Au loin un élan se moque de la loi du monde, l'élan
n'est-ce pas, marche la nuit aussi et se couche ici
dans son trou.
La lune n'est d'aucune inspiration :
que de la lente transe qui n'est que de soi-même.

 

P.L
Page 37

 

 

 

 

Extraits du recueil de poésie, Piet Lincken  Edith Södergran, A itinéraire suédois
Atelier de l'agneau

Février 2011
 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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