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Articles récents

Dans les mains des enfants, les fantômes s'endorment

19 Mars 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

 

 

 

 

 

 

Comme une petite fille attend la nuit
 

je regarde l'étendue du présent
car 
l'on sait que toute vie distrait les rêves                      fantômes venus de l'enfance

 

Pourquoi le cerisier en fleur ne deviendrait-il pas oiseau rouge,
le long de ma robe ?

 

De l'autre côté
s'élèvent des voix humaines

 

La réalité te brûle la langue.

 

 

 

 

Le 19 Mars 2017.

Photographie de Natalia Drepina.

 

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Judith Chavanne : Entre le silence et l'arbre

19 Mars 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                          EN PARTAGE

 

Comme émeuvent aussi les lignes de la main
un dessin grêle et fragile
la mémoire ou l'empreinte d'un filigrane
et loin d'un tracé qui en saurait plus que nous sur notre destin
des rides peut-être, précoces
mais sans accompagnement de peur,

 

comme elles un vol noir au loin fane le ciel.

 

 

Page 11

 

 

 Je me ferais volontiers allumeur ici ou là de cierges dans la
ville, éveilleur du temps morne le long des promenades ;
comme lorsque à la vue d'un rayon du réverbère dans une
flaque de pluie, un souvenir en soi se déplace, et nourrit une
intuition.

 

 

Page 15

 

 

 

                                                                          CONCILIATION DU TEMPS
                                                                                      ET DE L'ESPACE

 

 

Je demande, sous les nuages, un peu de clarté au vent,
au ciel, seulement qu'il se glisse
dans la faille que lui ménagera le temps.

Je n'espère pas obtenir de raisons : ce que c'est qu'être sur la 
    terre
ni que me soit découvert aucun horizon vaste, séjour tranquille :
ni l'azur ni le firmament ne me disent rien de la lumière ;
j'ai besoin du nuage, et d'éprouver le temps peu à peu
qui le fend, qui le crée par l'interstice : lentement, un rai bleu.

J'attends le moment où sans avoir plus de fondements
le coeur et le monde s'éclairent ;
j'attends une lumière qui ne soit pas une éternité lointaine,
mais un passage qui coïncide avec celui du temps.

 

 

Page 22

 

 

C'est l'oiseau, cet élément lointain qui figure seulement une
trace, qui, à l'endroit où il a cillé, décide du ciel --- et l'ac-
complit.
Il faut à l'infini, pour qu'il devienne l'espace, un passage qui
désigne en noir sa fragilité, le brise, et le brisant le découvre
jusqu'alors incréé.

 

 

Page 27

 

 

 

                                                                          LA LUMIERE PAR LE CHAS

 

 

Le jour, dans l'intervalle des nuées,
d'une insituable opacité :
lorsque pépie l'oiseau, on se demande
si ce ne serait pas un pépiement de l'âme,
et ce qui l'empêchait jusque-là de chanter ;
alors, on prend son souffle pour pallier
la prochaine intermittence,
mais la respiration est à peine plus large
que la gorge de l'oisillon.

 

 

Page 32

 

 

Les mains sur la grille autour du carré de jardin
deux mètres sur deux entre béton et les gens d'ici qui passent,
il a glissé ses yeux à travers les barreaux comme des paumes
approchant, presque apeurées, les fleurs légères du magnolia.

 

 

Page 36

 

 

 

                                                                           TRAVAUX DU GRAVEUR

 

 

L'arbre l'hiver se tient
noir      l'essence

le soleil pur       continué
son épaisseur d'écorce.

 

De corps et de fibres.

 

 

Page 43

 

 

                                                                          AVOIR PART

 

 

Des jours entre le silence et l'arbre,
la lumière, isolément.
Des jours comme entre les pierres.

Des chemins, des pas, des regards
--- même l'envol des oiseaux ne fait pas le lien.

Des jours, un passant.
Dans l'attente du monde autour des éléments.
Dans l'attente de l'âme qui prenne part.

 

 

Page 54

 

 

Que toute question s'efface,
qu'est-ce qui dirait après que nous sommes passés,
ayant perdu le lieu d'une ancre ou d'une racine
avec le lieu du questionnement ?

Vivre est le fil trop lâche
entre deux coeurs et deux moments
où l'on s'étonne,
où l'on rassemble nos heures échappées
dans un pétale, ou dans un grain de blé.

 

 

Page 61

 

 

  L'exil est au pied de chez soi et sur les chemins les plus
familiers, le sentiment, malgré cette longue rue que l'on enfile,
d'aucune perspective qui se dessine, et d'un monde plan.
Ainsi, longtemps, jusqu'au trille des oiseaux invisibles dans le 
ciel uni. Un chant sans origine, la perception de la distance
qui sépare l'oiseau de son cri.
 L'exil a cessé quand un désir a restitué au monde sa profondeur.

 

 

Page 62

 

 

                                                                            LA CHANCE D'UN  PEU

 

 

Quelque chose ou quelqu'un miroite
quand la plume ou tout autre

poids de l'air touche l'eau
et désigne en ce point le lieu du calme
et des naissances à l'abri
depuis son cercle peu à peu qui s'évase.

Je ne sais plus alors, tandis qu'on les dépose,
pourquoi on tenait les armes.

 

 

Page 71

 

 

De tous mes yeux j'ai habité la pluie
grise en gouttes retenues sur la grille
comme si la vigueur du jour partout étale
ne pouvait plus tenir qu'au détail
et le relief à la courbe évanescente
de l'air et de l'eau.

 

 

Page 75

 

 

                                                                             CE QUI DEMEURE

 

 

Ruines heureuses du silence
les chutes d'eau
le rire de la forêt.

 

 

Page 92

 

 

Je songe parfois à l'homme qui chaque soir
remontait le chemin en direction du couchant
à travers les champs nus,
puis descendait avec le soleil, de l'autre côté de la colline.
Et à ce qui se créait là, sans qu'il soit besoin de rien écrire.

 

 

Page 102

 

 

 

Judith Chavanne
Entre le silence et l'arbre
Editions Gallimard
1997.

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

                                                             

 

 

 

 

                                                          

 

 

                 

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Ombre et silence

15 Mars 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puisque
je sais
la tragédie
de ce qui meurt

Je demeure seule
à l'intérieur de ma douleur

 

 

 

Le 15 Mars 2017

Photographie de Katia Chausheva

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Être à ce que je suis

13 Mars 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je veux être celle
qui devine
le secret des miroirs

Je veux y voir
mon vrai visage

d'éphémère

Marchant sans bruit
sur l'herbe nue

 

La fêlure de la terre est mienne

 

 

 

 

 

Le 13 Mars 2017
Photographie de Natalia Drepina.

 

 

 

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Charles Juliet : Rencontres avec Bram Van Velde

12 Mars 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

25 Octobre 1964

Première rencontre de Bram Van Velde. J'arrive à six heures du soir chez Jacques Putman, un ami qui, je crois, l'a beaucoup entouré, et qui par des articles, des ouvrages et des expositions, s'emploie à faire connaître son oeuvre. Je ne sais quel type d'homme est ce peintre, et j'appréhende d'être mal reçu, d'être pris pour un importun. j'ai la surprise de trouver quelqu'un de singulièrement timide, tout confus qu'un inconnu vienne à lui pour l'interroger sur sa peinture. Je m'assieds, il m'offre un verre, mais il ne peut supporter mon regard, ne cesse de se lever et se rasseoir. Une telle attitude m'intimide encore plus et j'ai le plus grand mal à bafouiller quelques questions. Pour échapper à la gêne qui nous gagne et rompre notre face à face presque silencieux, il me propose d'aller marcher dans la rue. Dehors, une fois délivrés de nos regards, nous nous sommes mis à parler. Un instant après, la glace était rompue, et il m'a invité à dîner dans un restaurant. Quand je l'ai quitté, il était plus de onze heures.

 

 

Je lui ai rappelé qu'un jour, il avait dit au sculpteur Maxime Descombin que  peindre, c'est chercher le visage de ce qui n'a pas de visage, et que la peinture, c'est l'homme devant sa débâcle... Ces paroles avaient paru à Descombin singulièrement justes, et comme je les lui rapporte, il comprend qu'elles sont de Descombin, et me déclare qu'elles sont effectivement irréfutables, qu'elles rendent absolument compte de la démarche de l'artiste. Je lui précise alors que ce n'est pas Descombin, mais lui, qui les a énoncées. Il détourne son regard, est gagné par la confusion. J'ai réalisé à ce moment qu'il allait si loin dans la désappropriation de soi, qu'il s'attachait à perdre mémoire de ce qu'il lui advenait de découvrir et formuler, qu'il se voulait d'une constante et absolue transparence face à lui-même et la peinture.  On le sent d'ailleurs excessivement sensible, fragile et sans défense, effrayé par la vie, les gens. Et il a fréquemment un sourire de gêne qu'il n'arrive pas à réprimer. Mais lorsqu'il réfléchit, ses traits se transforment, son regard prend une acuité extraordinaire, et son visage n'est plus que tension, énergie.
Je lui demande comment, du point de vue matériel, il est parvenu à subsister pendant ces trente années où il n'a fait que peindre et où il ne vendait rien. Je n'ai jamais sollicité personne, me répond-il, mais sur ce plan -là, j'ai toujours cru au miracle. Il y avait en lui une telle grandeur, une telle soumission à son destin, que ceux qui croisaient sa route devaient en être impressionnés et lui venir spontanément en aide. Je lui demande encore si ces années n'ont pas été trop terribles, et j'émets l'hypothèse que pour tenir, il lui a fallu faire preuve de quelque chose comme de l'héroïsme. Il hausse les épaules. Non, me dit-il, ça n'a pas été que terrible. Il y eut aussi de grands moments. Et puis, vous savez, tout se passe en dehors de vous. Je n'étais pas libre de vivre autrement.

 

 

- L'artiste ne se tient pas dans le quotidien. C'est pour ça qu'on le prend pour une bête curieuse.

- Beaucoup de peintres produisent à la chaîne, en dehors de toute nécessité.

- Peindre, c'est vivre. En peignant, je repousse ce monde qui empêche la vie et où on risque constamment d'être écrasé.

- L'artiste vit un secret qu'il lui faut manifester.

- J'ai disparu dans mon aventure. Plus de pays, de famille, de liens. Je n'existais plus. Il fallait aller de l'avant.

- Je le vois ce monde. Mais j'ai les mains liées. Et c'est pour ça qu'il m'effraie.

- L'art. Pour ne pas être broyé.

- Il faut simplement rendre ce qui vous a été donné.

- Ma peinture, il est important de voir qu'au fond, elle stimule. Elle n'est nullement quelque chose qui désespère.

- il faut faire ce qu'on est seul à pouvoir faire.

 

 

A chacune de nos rencontres, il insiste sur le fait que l'artiste doit être sans savoir, sans pouvoir, sans vouloir. Qu'il lui faut ne pas intervenir, ne pas contrôler, ne pas façonner, mais se laisser porter par ce qui vient et exige de naître.

 

- Ma toile propose mais n'affirme jamais. Ne pas chercher à convaincre. A prouver quoi que ce soit.

- Chez moi, il n'y eut jamais d'appui, de certitude. Souvent,j'ai été à la limite de l'écrasement.

- Rares sont les artistes qui acceptent de ne faire que ce que la vie leur permet.

 

 

 

Il me dit sa peur de se mettre au travail en début d'après-midi. Tout à la fois il se prépare et repousse l'instant où il va devoir s'asseoir devant sa toile.

- Mais arrive un moment où je ne peux plus ne pas m'y mettre.

- Souvent la peinture me fait peur. Elle exige une telle énergie.

- La peinture doit lutter pour repousser ce monde qui ne peut qu'assassiner l'invisible.

- Je ne montre que ce qui est.

- Quand je ne peux travailler, je ne quitte pas le travail. Je me prépare à accueillir ce qui m'attend.

 

 

 

- Plus on est perdu, plus on est poussé vers la racine, la profondeur.

- Peut-être l'artiste souffre-t-il d'un manque d'être. C'est par son travail qu'il s'emploie à le combler.
Qu'il cherche à être. Mais il a bien conscience qu'il ne vit pas, qu'il n'est pas dans la vie.

-Un jour, à Paris, j'étais dans un café. Dans une de ces terrasses vitrées qui avancent sur le trottoir. Il y avait là un homme qui au lieu de regarder vers la rue, comme tous les consommateurs, leur faisait face. Il avait un regard qu'on n'oublie plus. Comprenez-vous, il se nourrissait de tous ces visages. Quelques jours plus tard, j'ai appris qu'il s'agissait d'Antonin Artaud.

 

- L'artiste est celui qui doit veiller sur son être.

- L'étonnant, c'est que j'aie pu poursuivre mon chemin tout en restant en bas.

- Ma vie pourrait se résumer ainsi : subir la misère sans se laisser écraser.

- Mais non, il ne faut pas croire que parce qu'on accepte de n'être rien, on devient un homme exceptionnel.

- La vie de la plupart est une routine dirigée. L'artiste est celui qui cherche à vivre en liberté.

- Quand la vie est absente, il faut savoir s'abstenir. ceux qui s'obligent à faire ne comprennent pas qu'ils se condamnent à mentir.

- Oui, c'est tragique ces êtres qui ne rencontrent jamais leur vie.

- Pour voir la vie, il faut être à l'écart. Le point lumineux n'apparaît que lorsqu'on se tient en dehors.

 

 

7 Novembre 1977 - Paris

     Ces jours, je l'ai rencontré à trois reprises.
     Dans sa chambre, ses dernières gouaches. Qu'elles sont belles ! Amples, riches, intenses, tragiques et joyeuses, mouvantes, mystérieuses... Toute la souffrance qui l'a travaillé durant ces derniers mois est là, visible, sur ces feuilles de papier, dans ces couleurs et ces formes...
     Il a réalisé aussi deux grandes gouaches : l'une en noir et blanc, et une autre, également en noir, avec une large plage blanche et des traînées orange pâle. Comme je lui parle de la force et de l'impression tragique qui se dégagent de ce qu'il a peint, il remarque :

- J'ai essayé de passer dedans tout entier.

Le lendemain, avec Jacques, Catherine, et un de leurs amis, nous les regardons à nouveau, et en l'absence de Bram qui s'est retiré un instant. Jacques nous fait observer à quel point est réduit le matériel dont il se sert : en tout et pour tout, posés sur un petit guéridon branlant, trois pinceaux, une assiette avec du rouge, une assiette avec du noir, les deux tubes correspondants, un tube de blanc, une bouteille d'encre de Chine, et appuyé contre le mur, un panneau de contre-plaqué.

 

- La peinture, c'est ce qui m'a soulagé du pire.

- L'acte de peindre, me répond-il, est à la fois inévitable et parfaitement inexplicable.

- Le monde visible m'effraie. Je suis toujours en train de fuir. Ce n'est que face à la toile que je ne fuis pas.

- Un tel effort vers la vie que tout l'être s'y trouve engagé.

- Quand on accède au sublime, c'est l'émerveillement.

 

 

 

 

Charles Juliet
Rencontres avec Bram Van Velde

Format poche P.O.L
2016

 

 

 

 

 

 

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Le bleu du ciel m'a glissé des mains

27 Février 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tes mains portent le dernier poème
 

Entre le renoncement
et l'insatiable vérité

 

Un arum se déploie dans ma gorge nouée

 

J'oublie qui  je suis
  

 

 

 

Le 27 Février 2017
Photographie de Katia Chausheva

 

                                                                                                       



 

 


 


 

 

 




 


 

 

 

                                 

 

 

 


                    

 

 

 

 

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Nathalie Michel : Veille

18 Février 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J3

Autrefois une araignée m'a tenu compagnie tout un hiver. Il n'y avait qu'elle et moi dans la maison glaciale. Elle n'a pas bougé durant des mois.
Je ne détruis plus les toiles qu'elles tissent dans l'angle des fenêtres, entre les herbes.

 

Grandes pluies et bourrasques de vent. Ciel anthracite, jaune.

 

 

Page 8

 

 

J24

Les deux araignées sont parties laissant leurs lits de poussière.

Dès le réveil j'ai regardé le ciel. Les nuages passer.
Quitter le cadre.
Rythmes et destinations variables selon distance et épaisseur.

//////////

 

Longtemps  après, le ciel, bleu, défait de ces informités, n'a plus changé.
J'ai quitté mon lit, j'ai commencé la journée.

Les nuages, le jeune lièvre accidenté, le sourire du grand inconnu, la petite bonne femme usée, le rire des enfants, les averses, la mort du clown, les cris des enfants, la gaieté de la petite blonde, l'énergie de la grande brune, le regard des enfants, le fou du parc, la chimio du client, la pharmacienne lasse, les poèmes de Pasolini, le calme des méditants, l'eau dans les yeux, l'accueil des chats, les paroles de l'ami, le cancer du gentil bonhomme, la lune fine au-dessus du champ, la grosse étoile, l'insaisissable, la hâte d'être là dans la lumière de l'écran, dans la nuit.

Oksastus

 

 

Page 16

 

 

J48

Le ciel bleu   /   rien dedans

Les oiseaux
fond vibratoire au bord de la ruche
tout dans la lumière croît et s'éteint.

 

Non je n'ai pas décrit le miroir. J'ai été lui. Et les mots sont eux mêmes, sans ton de discours.

 

Avec le fleuve c'était pareil.

 

 

Page 26

 

 

J51

D'Est, le vent, sec. Ciel bleu dur. Les haies se tordent.

 

Je ne sais pas ce qu'est ce journal. Si je dois l'écrire encore. Il n'est pas intime, pourquoi ?
Est-il donc journal ? Non pas récit des jours mais autre chose, l'en soi réel lié aux sensations émises par tout ? Béquille au poème qui ne se fait plus ? Nécessaire.

 

 

Page 27

 

J53

Avec le temps, on gonfle. On se remplit. Les musiques, les paysages, les lectures, les découvertes que nous faisons seuls ou celles que nos amis nous donnent. On gonfle par l'échange, par la conversation, on devient plein. La faim s'apaise, l'impatience faiblit. 
On apprend même à faire le vide, il faut créer un peu de vide pour accueillir encore. On gonfle sans s'alourdir, ça rend léger tout ce qui nous fait.
On gonfle du gonflement des autres, de l'énergie cosmique, des sensations, on gonfle mais ce n'est pas tout à fait de l'air.

 

...
ça ne m'ennuie pas de gonfler
je me demande quand même si il n'y a pas une fuite

 

Du souffle toujours le souffle...

 

 

Page 28-29

 

 

J54

C'est beau, très beau, là où je vis. ça répare. Chaque jour il faut réparer. Le monde souvent nous abîme. Il nous jette dans le noir, dans sa laideur. Il y aura toujours des hommes ou des bêtes par terre...

Ce qui répare...c'est ce qu'il leur faut aux laissés. Ceux qui se réfugient dans des jardins publics pour rester ensemble au milieu des grandes villes. Hors de nos regards. Réparer ?

Comme un chien, couché, l'homme, ce matin à l'entrée de l'immeuble de la toute petite ville.
Il y a ça, les chiens, des hommes qui se sont couchés par terre au milieu des passants, qui n'attendent plus rien.

Comment rester, passant ?

Tout est dans le regard, même quand les paupières sont closes, nous avons besoin que des yeux restent ouverts sur nous. Tous. C'est ça, veiller.

Le livre de photos de C, il  fait ça, restituer, le regard sur ce qui  n'est plus vu et donc en état de disparition.

Remettre en état, restituer, redonner lieu et place.

 

Les maux du monde
pénètrent dans
nos plaies

                                                  grandes ouvertes.

 

 

Page 30

 

 

 

J56

Je reviens, au ciel  bleu de ces derniers jours, à la fraîcheur de l'air la nuit qui empêche les légumes de pousser. A ce soir.
A des poussées de sanglot restées dans la gorge, à la colère sourde, à mon calme.

Les humains, nous, c'est parfois au-delà de la cohérence. Je ne supporte plus les images.
Le recul, je dois prendre du recul, laisser le temps s'emparer de ma sensibilité. ça va passer.
Mais ça revient toujours parce qu'on sait, ce n'est pas comme si on ne savait pas, ce qui arrive.

Les hommes échouent, certains sur des rochers, les autres dans leurs prisons dorées. Nous échouons ensemble, nous crions tous à en devenir sourds. Derrière des murs, derrière des fils.
Nous nous faisons face. Entre les deux pourtant, la vie. Notre lien profond.

 

Tant d'opposition entre nous...

 

 

Page 32-33

 

 

J74

Le soleil brûle, tout, même le vent.

 

Le corps appelle des matières autres, la sensation se déplace en périphérie, à la limite.
La peau est à nu. Elle cherche contact. Frissonne.

Les végétaux grandissent, les animaux dorment dans l'obscurité.

 

 

Page 41

 

 

J80

5h25  Les oiseaux peut-être
Il pleut, je tousse depuis des heures, ça fait mal. Dormir.
La terre sèche.

 

9h00 l'orage
Le tonnerre roule sur la terre.
la pluie        démente
Efface

 

Les oiseaux, gouttes, silence

 

Derniers grondements, loin, vibrations du sol

Où est passée la lumière aride ?
Le grand éclat brûlant ?
Mon amour les mots reviennent sans cesse au bord des lèvres, restent dans la bouche et n'atteignent pas la chair sur laquelle ils veulent se jeter comme des taons. ça pique à l'intérieur.
Le tonnerre, ses restes ronds, roulent, dévalent depuis l'horizon jusqu'ici.
Les grondements de la terre nous portent.

Le chat ronronne, les oiseau crient.

 

10h07 percussions
la pluie cogne sur les vitres

 

10h28 je lis
la pluie change de ton
je ferme les yeux
elle m'inonde
la stéréo des vasistas

 

                                        L'eau est l'élément contraire à la paresse

 

12h10
Spasme géant, dernier coup de foudre.

 

19h30
Ils ont dit non ou plutôt oui à la vie. Dans la plus grande incertitude.
La Grèce, la possibilité d'une île...

 

 

Page 43-44

 

 

J83

Ciel très gris, l'air est froid, convalescence. Joie indemne.

J'accumule des livres tout autour de mon lit, dans mes sacs, sur les tables, sur les chaises de la cuisine, dans la voiture. Je les déplace, j'aimerais les emmener en voyage, en Grèce, en Italie, en Arménie, en Roumanie, en Auvergne, en Patagonie. Je ne sais pas quand je les lirai, j'attends, je vais les déplacer encore un peu avant de les ouvrir.

 

 

Page 45

 

 

 

 

 

Nathalie Michel
Veille

éditions LansKine
Décembre 2016

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Une seule main : hiver

8 Février 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une seule main
pour
ne pas blesser
l'oiseau 
de l'hiver

 

Une seule main
pour 
ne pas perdre 
l'émerveillement
d'un ciel de neige

 

                                  Combien de joies cachées 
                                  attendent
                                  de l'autre côté des saisons ?

 

 

 

 

Le 8 Février 2017
 

Photographie de Katia Chausheva
Une seule main
                                  
                                  

 

 

 


                                                                                                           
 

                                                          
 

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Fragile

3 Février 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et
Même s'il est écrit
chaque matin qui renaît


Les rêves deviennent des enfants sans visage


Je bois à la source 
chaude
où s'éveille la lenteur du geste

 

 

 

 

Le 3 Février 2017

Photographie d'Arslan Ahmedov



 

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Claude Albarède : Le dehors intime

2 Février 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1.

 

Ne pas souiller
ni ajouter
trop de poids 
au silence

Comme les pas
devant la neige
ne pas risquer
la page blanche

Aller au point
contre le vide
où l'horizon
s'ouvre en lumière

Gagner le large
du plus secret
nicher l'immense
au plus intime.

 

Page 17

 

2.

 

Quand tu veux dire
ce sont les mots
qui te retiennent
devant la porte
avant d'entrer

Faut-il saluer
celle qui reçoit
si jeune et si fière
en cheveux mêlés ?

Dénouer ses tresses
et trouver pour elle
les mots de personne ?

 

Page 20

 

3.

 

Au plus près
quand la terre
avec le pas
devient
présence de mémoire

ou poussière d'été
soulevée par sa hâte
à gagner la lumière

sans trêve ni patience
au plus près de l'oiseau
dans l'âme du serpent

qui s'élance avec l'air
ou s'ébroue
sur la terre.

 

Page 21

 

4.

 

Dans la chambre fraîche
le bourdonnement d'une mouche bleue
l'idée d'un pétale pris dans les rideaux
l'espagnolette en clé
longue contemplation
cultivant les désirs

J'écarte un peu le drap de lit
juste ce qu'il faut
pour ne pas déranger la solitude

Elle est si près
avec son corps brûlant.

 

Page 24

 

5.

 

Si le poème nous échappe
"Présent d'absence" est un beau titre
chaque mot réussit sa course
à l'entame du coeur blessé
un bouquet d'immortelles y tremble
source et sèves perpétuées

Comme si le ruisseau qui file
à la rencontre du courant
ne donnait pas l'envie d'attendre
près d'un arbre qui prend racine

Poussées par un vent déchirant
ces paroles autant que des feuilles
ont rejoint le poème-osé
dans l'entre-bouche d'une source
où tremblant perdure un bouquet.

 

Page 31

 

6.

 

Comme un chemin
qui s'échappe
et débute

tu restes là
déjà ailleurs
parmi les pierres
et le chemin

Tu fuis les rues
du vieux village
tu restes là et tu t'échappes
comme un chemin
qui boîte un peu
en s'en allant
parmi les pierres

Les bras perdus
le dos voûté
dans la lumière
lourde à porter.

 

Page 32

 

7.

 

Le temps erre et ne passe pas
nous partons, revenons, tentons
d'atteindre
parmi les ruines la vie qui dure

Leur pauvreté nous dépossède
elles n'ont d'intime
que le dehors perdu

Où l'herbe germe la pierre s'ouvre
cherche à donner le coeur qui manque 
comme ces mots si attendus
que la poussière tombe en poème

Cette victoire de chaque instant
que le temps foule
et désagrège.

 

Page 44

 

8.

 

Le jour devant l'abîme
je ne peux faire plus
que le vent
le nuage

Je ne peux penser plus
que la marche le long
de la crête et du vide

Ni réussir
comme cet arbre
debout en soi
si solitaire

où je m'asseois
pour me donner
le temps d'atteindre
ce que je sens.

 

Page 60

 

9.

 

Une lampe allumée
brouille plus juste encore
la nuit de sa lumière

Derrière la buée
de la vitre les gens
effacent peu à peu
le visage qu'ils ont

à l'offre du foyer
donné dans le silence
corps à corps rapprochés

Quoi leur dire de plus
que ces mots embués
écrits du bout des doigts
sur la vitre muette

qui se griffe en passant ?

 

Page 74

 

10.

 

Quand le vent passe
comme un rideau
dans la lumière
où s'ouvriraient
deux lèvres rouges
la neige est tendre

comme un vertige
qui oublierait l'irréparable
pour effacer, voluptueux,
le froid rupestre

ou comme un cri libérateur
de ces tenailles
qui bloqueraient
le seul plaisir
de fondre en douce.

 

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Claude Albarède "Le dehors intime" avec peintures de Marie Alloy
Editions l'herbe qui tremble
2016

 

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