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Articles récents

Vincent Van Gogh, lettre à sa mère (12 Juin 1890)

25 Septembre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Instantanés

Photographie de Katia Chausheva, Reminiscence of the North (tribute to my passion to Vincent Van Gogh).

Photographie de Katia Chausheva, Reminiscence of the North (tribute to my passion to Vincent Van Gogh).

 

 

 

Chère mère,
J'ai été frappé, dans votre lettre, par le passage où vous dites que, pendant votre séjour à Nuenen, vous avez tout revu " avec un sentiment de reconnaissance que cela vous ait appartenu autrefois "--et celui de l'abandonner, sereinement, à d'autres.
Insaisissable, comme des images dans un miroir -- c'est ainsi que cela s'est passé ; la vie, le pourquoi des séparations et des départs, la persistance de l'angoisse, il n'y a rien de plus à en comprendre.
   Pour moi, la vie peut bien demeurer solitaire. De ceux à qui j'ai été le plus attaché, je n'ai rien saisi de plus que des images dans un miroir.
   Et pourtant, il y a une chose bien réelle, le fait qu'il y ait aujourd'hui, parfois, plus d'harmonie dans mon travail. La peinture se suffit à elle-même. J'ai lu quelque part, l'année dernière, qu'écrire un livre ou faire un tableau, c'est comme avoir un enfant. Même si je n'ose prendre à mon compte cette affirmation, j'ai toujours pensé que la dernière chose était la plus naturelle, la meilleure, en admettant qu'il en soit ainsi, en admettant que les trois se valent. C'est pourquoi je fais de mon mieux, bien que ce travail-là soit justement le moins compris, et c'est le seul lien qui relie pour moi le passé au présent.
 Il y a beaucoup de peintres ici, au village, près de chez moi toute une famille d'Américains passe ses journées à peindre, mais je n'ai encore rien vu sortir de leur travail, en général, c'est plutôt mince.
 Théo, sa femme et son enfant sont venus dimanche, et nous avons déjeuné chez le Dr Gachet.
Mon petit homonyme a fait, pour la première fois, connaissance avec le monde animal, vu que la maison compte huit chats, trois chiens, ainsi que des poules, des lapins, des canards, des pigeons, etc., en grand nombre. Mais il n'y a pas encore compris grand-chose, à mon avis. En revanche, il a bonne mine. Théo et Jo aussi. Je me sentais très réconforté d'être plus près d'eux. Je pense que vous les verrez d'ici peu, vous aussi.
Encore une fois, merci pour votre lettre, j'espère que Wil et vous-même êtes toujours bien portantes et je vous embrasse en pensée.

 

 

 

                                                                                    Votre affect.
                                                                                                                       Vincent.

 

 

 

 

Van Gogh,
dernières lettres.
Page 52-53
Editions Mille et une Nuits,
Septembre 2002.

 

 

 

 

 

 

 

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Melancholia

17 Septembre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

Photographie de Natalia Drepina
Photographie de Natalia Drepina
 ​Crois-tu que je puisse encore
    aimer la clarté du lendemain ?

Or,

Dans chaque pétale de lumière habite un oiseau de nuit
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Chloé Bressan : claire errance

4 Septembre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

Chloé Bressan : claire errance
1.


Au bord de ton corps, le ciel se défait. Cruciale, j'admets ta venue, enroulée de vents forts et de copeaux de bois. Ta venue fière est louable. Je n'entends plus les efforts des bras à rompre. Tu es venu et j'ai cru, pour poignarder mon silence, et j'ai cru, pour déraciner le visage apparent. Cru plus qu'aujourd'hui le bruit de mon sang. Tu es venu contracter l'étrange réalité, cet oeil, et le bruit lourd de tes bottes me semble une enfance blottie dans un parfum de talc. Et j'ai cru à la pluie, à l'errance, cru au bleu de l'aura, n'est-ce avant tout le simple, sans y penser ?

p 11



2.


Assez sur le matin tu t'es penché. La compagnie des autres ne te va pas, ni le jour inédit. Seul, tu es autre chose que tout ce blanc qui dissout. Seul, tu vas vers avec plus de souffle. 
Assez, fragile. Attendre que fleurisse. Partir tôt, alors.
Remettre du temps sous la table, y tremper les pieds. Penser à Rilke en versant l'eau dans le grès. Surprendre Artaud sous un ciel en furie et lui demander où il va. Appuyé sur quelques heures, tu sens monter tes mains, tes mains deviennent ces heures. Monter. Tu ne veux pas suivre le tracé permanent.
Assez, fragile, tu remets à demain de me perdre. Tu veux monter. Monter de rire et d'offrande. Monter le pays qui s'agrippe à toi. Tu remets à demain de me perdre, assez de repos sous les lys, assez. Valise verte, elle te laisse faire, ainsi que moi, pour occuper le plan où tu veux aller, et tu ne veux pas. Tu l'as remplie de tant d'attente que la fermer forcerait de remettre à plus tard. Valise verte, assez. Irons-nous ? mais le goût de partir laisse trop de traces vertes sur les heures. Tu sens monter tes mains, tes mains deviennent ces heures.
Valise verte, assez. Tu remets à demain de me perdre. Ou que fleurisse... 

p 13



3.


Tu tombes sur le puits. Le baiser a tout mis en l'air. Favorable est écrit. Favorable...J'endosse, mais quoi, du baiser ou de l'air ou du fil où je marche. Le vent a peut-être traversé d'autres nuits comme celle-ci avant de précipiter ma lèvre au fond des trois traits identiques. Il est question de racines, non de baisers. Avant de parler, j'endosse. Favorable est écrit.
Mais plusieurs fois, la lèvre tremble, n'est pas si sûre. Inébranlablement le mot.
Lèvres lourdes pour un seul visage qui s'est mis nu. L'on peut encore attendre l'hiver. L'on peut. 
Favorable est écrit. Au prochain trait brisé, je pars. Je dis que je vais le faire vraiment. Depuis le puits, mon corps se réveille, armé par le mot favorablement. Ciel encore trop bas.
Non, je ne l'ouvre pas. Pas ce soir.

p 18



4.


C'est moins que toujours une adresse à celle qui passe. Il fait nuit profondément et froid. Elle frôle le ciel, en arrache la charpente, tout ce qui se meut hors d'elle. Elle applique son oreille contre. Unie, elle veut être unie, mais elle ne sait pas dire vraiment à quoi. le vieux masque la secoue pour la secourir, du vent l'emporte. Elle s'est unie, passagère sur le passage, elle invoque une ombre, ça ne sourit pas derrière les rivières, ça traverse. Unie, elle veut être unie, mais ne sait dire vraiment à quoi. Elle ne s'arrête pas à cela, elle feinte. Elle active des lignes, disparaît des surfaces. Tu as toute raison de croire à ce regard. Ce plus-que-toujours hasardeux qui fait signe : deuil rouge sur tout miracle.

p 22







Chloé Bressan.
claire errance,2015.
Editions isabelle sauvage.
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La boue : Georgia Russell

1 Septembre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

Georgia Russell, artiste écossaise vit et travaille en France et à l'étranger.

Georgia Russell, artiste écossaise vit et travaille en France et à l'étranger.

 

 

                                                  Chère Camille,

 

 

                                    Merci pour la nudité au matin,
                            L'innocence époussetée avec le temps,
                      La vague terrifiante et la beauté de la jeunesse.

 

      Merci pour les sculptures à quatre mains, faites de désir et de domination.
                                              Merci pour la raison et la détresse.
                                          Merci pour tes batailles, tes défaites.
                             Merci pour le chemin que tu as ciselé, bras endoloris.
                                 Et merci d'avoir fait naître de la boue un homme.

 

                                                               Ta féroce camarade,
                                                                           Georgia

 

 

 

 

 

 

 

Lettre extraite du livre d'Art, Chère Camille...18 lettres à Camille Claudel.
Bernard Chauveau Edition,
2016.

 

 

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Edith Södergran : poèmes

27 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

Edith Södergran
Edith Södergran
Aux quatre vents


Aucun oiseau ne s'égare jusqu'à mon repaire,
pas de noire hirondelle porteuse de nostalgie,
pas de blanche mouette présage de tempête...
A l'ombre des rochers, ma sauvagerie aux aguets
est prête à fuir au moindre frisson, au moindre
pas...
Ma félicité s'estompe et bleuit en silence...
J'ai une porte pour chacun des quatre vents.
Une porte d'or vers l'est-pour l'amour qui jamais
n'arrive,
une porte pour le jour, une autre pour la 
mélancolie,
une porte pour la mort - elle reste toujours 
ouverte.



Jours malades


Mon coeur est gardé à l'étroit dans une mince
crevasse,
mon coeur est au loin
dans une île perdue.
Des oiseaux blancs font la navette,
ils m'apportent le message que mon coeur est en
vie.
Je sais-comme il vit
de charbon et de sable
sur des pierres tranchantes.

Je reste couchée tout le jour et j'attends la nuit,
je reste couchée toute la nuit et j'attends le jour,
Je reste couchée, malade, au jardin du paradis.
Je sais que je ne guérirai pas,
désir et langueur n'en finissent jamais.
J'ai la fièvre comme une fleur des marais,
ma sueur est sucrée comme une plante poisseuse.

En bas, tout au fond de mon jardin, un lac
somnole.
Moi, qui aime la terre,
je ne connais rien de mieux que l'eau.
Dans l'eau s'échouent toutes mes pensées
que personne n'a vues,
mes pensées que je n'ose montrer à personne.
L'eau grouille de secrets !








 
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L'envolée

17 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

Photographie de Sarah Moon
Photographie de Sarah Moon

Je n'écrirai plus
J'ai cessé de croire que les mots avaient des ailes

   Comme une main posée
   Sur un deuil automnal


 
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Camille où êtes vous ? de Sylvie Andreu

16 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

Camille où êtes vous ? de Sylvie Andreu

 

 

 

Chère Camille, voici le livre que nous vous destinons, objet de rencontres inoubliables et d'émotions partagées. Mais comment pouvait-il en être autrement, quand on a la prétention de vous regarder en face et de s'interroger sur le sort qui vous a été réservé ? D'autres s'y sont essayés avant nous et chacun détient sa vérité, qu'il hésite à partager. Certains se sont excusés, prétextant : " Camille s'est éloignée." ou bien " Je n'ose pas."  Certains ont accepté de se livrer, car il s'agit de cela, intimidés par la proposition, mélange de pudeur et de crainte. Et enfin, d'autres se sont empressés, sous-entendant " Camille, c'est un peu moi." ! De quelle injustice, culpabilité ou folie êtes-vous l'incarnation pour que, 73 ans après votre disparition, il y ait encore tant de retenue à vous évoquer ? Et aussi étrange que cela puisse paraître, on vous connaît mal, prisonnière que vous restez des figures dominantes de votre frère et de votre amant. Pire, personne ne sait où est votre sépulture. Quelque part dans le Vaucluse ?
Et l'on a envie de crier " Camille, où êtes-vous ?. Ce que nous savons, c'est que vous vous êtes époumonée dans un monde d'hommes qui vous a si peu accordé. Ni l'accès aux Beaux-Arts, ni aux commandes publiques, vous privant du marbre qu'exigeaient vos projets. " Circulez, Mademoiselle Claudel ! il n'y a pas de place pour vous." avez-vous dû entendre à chacune de vos requêtes, jusqu'à finir par sombrer. La suite, on la connaît...Vous êtes morte en 1943, après 30 ans d'enfermement ordonné par Madame votre mère, sans visite ou presque, faute de soins et de nourriture, comme la plupart des malades aliénés pendant la guerre. Et quand votre famille s'est manifestée, il était trop tard. Avant ce livre, il y a eu le travail passionné, et forcément passionnant, de Jacques Cassar, Jeanne Fayard, Anne Delbée, Anne Rivière, Reine-Marie Paris, Bruno Nuytten, Isabelle Adjani, Gérard Depardieu qui, dans les années 1980, vous ont remise au monde. Bruno Gaudichon, Antoinette Le Normand-Romain, Anne Pingeot ont oeuvré pour ne pas réduire votre vie à cet amour tragique avec Rodin, ont réuni les pièces éparses d'une oeuvre que vous aviez en partie détruite et vous ont ouvert les portes des musées.
Aujourd'hui, avec Françoise Magny, conservateur en chef du musée Camille Claudel, et Adelfo Scaranello, architecte, il y a ce musée qui ouvre (2016), un musée pour vous à Nogent-sur-Seine (Aube), au coeur de cette ville de 6000 habitants où naquit votre vocation et où vous fûtes, adolescente, déjà géniale élève d'Alfred Boucher (1876-1879). Le fonds Camille Claudel le plus important offert à tous (42 oeuvres, sculptures et dessins) et une place à part entière dans l'histoire de l'Art, qui vous revient depuis si longtemps.
Et il y a eu ce matin pluvieux de février où nous nous sommes sans doute approchés au plus près de vous, entre Fère-en-Tardenois, dans le département de l'Aisne, où vous êtes née sans laisser de trace, et Villeneuve-sur-Fère, où est conservée la maison familiale. Le libraire de Fère nous avait indiqué le lieu-dit "la hottée-du-diable", à peu de distance de là. Lieu mystérieux, enclos et protégé dont personne ne nous avait dit mot, où l'on raconte que Paul et vous avez passé de longs moments de rêverie et de déambulation. Paysage de grès chaotiques, sculptés par le temps, abandonnés sur une mer de sable et de végétations rampantes. Et tout à coup nous sommes saisis, vous êtes là ! car tout semble indiquer que cette nature a pu être l'inspiratrice de vos sculptures. Au détour de sentiers nous reconnaissons La Vague (cf.p. 6-7), La Petite Châtelaine (cf.p. 47), La Valse ! Vous venez de là, comme une preuve tangible, sensible de votre passage sur terre. Le photographe qui nous accompagnait s'est longuement attardé... Nous tenions un moment magique. Ce livre Chère Camille... ne prétend pas dire la vérité, mais toutes sortes de vérités. Paul vous-a-t-il abandonnée ou s'est-il protégé ?
Auguste vous a trahie, sans doute, mais ne vous a-t-il pas aimée comme un fou ? Lequel des deux a le plus emprunté à l'autre ? Et deux génies peuvent-ils cohabiter ? La création et la destruction de votre oeuvre ne sont-elles pas du même ressort ? Que s'est-il passé entre vous et Debussy ? Plus qu'une valse ? N'est-il pas temps de dépasser le tragique de votre vie pour laisser place à l'oeuvre ? Y a-t-il une sculpture féminine ? Pourquoi y'a-t-il en chacun de nous "Quelque chose de Camille Claudel" ? Des experts, des amateurs éclairés, des amoureux fiévreux se sont donné le mot pour écrire ces lettres que vous attendez peut-être, quelque part.
Ils ont écrit ce qu'ils n'avaient sans doute jamais osé dire ou s'avouer. Ce n'est pas un catalogue d'exposition ni les actes d'un colloque savant, mais une diversité de regards venus de tous horizons et libérés de toute chapelle, d'une infinie tendresse et d'une étrange familiarité qui poussent certains au tutoiement, voire à la déclaration d'amour.
Ils (elles) sont artistes, petite-nièce, historienne, écrivaine, psychanalyste, galériste, cinéaste, architecte, commissaire-priseur, comédien, danseuse, pianiste, concertiste, fondeur en chocolat.
Ils (elles) se sont plié(e)s à l'esprit de la collection : une lettre, un poème, un texte, une déclaration, un dessin, un bâtiment, une photo, une sculpture, un collage, une phrase musicale, une valse et plus encore... une main tendue vers vous comme celle que vous avez si souvent représentée. Je laisse à Etienne Blot " votre infortuné éditeur", le meilleur de vos amis jusqu'au bout, le mot de la fin : " Le temps remettra tout en place". Nous y sommes, peut-être...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Préface du livre Chère Camille... 18 lettres A Camille Claudel,
Bernard Chauveau Edition,
2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Je porte l'orage à mes lèvres

15 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

Photographie, Andrea kiss.
Photographie, Andrea kiss.
​Puisse nos mains sauver le peu
               de ce qui reste

               et


Les baisers ne sont-ils pas les fantômes
                 d'un ciel énigmatique ?


                 




               
               
              
             
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Sophia de Mello Breyner Andresen : Jamais plus

10 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

Sophia de Mello Breyner Andresen : Jamais plus

 

 

 

Jamais plus
Tu ne marcheras sur les chemins naturels.

 

 

Jamais plus tu ne pourras te sentir
Invulnérable, réelle et dense -
Perdu pour toujours
Ce que tu recherchas par dessus-tout :
La plénitude de chaque présence.

 

 

Et ce sera toujours le même rêve, la même absence.

 

 

 

 

 

Poème issu du recueil " Malgré les ruines et la mort"
Collection Le Fleuve et l'Echo
Editions de la Différence, Avril 2000.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Saison muette

8 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

Photographie de Josef Sudek

Photographie de Josef Sudek

 

 

Et demain 

     Demain est un fruit sans saison
     dérobé
    à la lenteur des choses

 

    Il frappe ma poitrine / je suis un nuage de cendres
 

 

 

    

 

 

 

Le 8 Août 2016.
 

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