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Articles récents

Même une petite chambre

4 Décembre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J'ai fermé les yeux
Ouvrant la bouche pour que ma langue
Touche une autre langue dans une autre bouche

 

Cela donne
Un éclat à peine étiré
Tout de suite arrondi

 

Puis un sursaut, un envol
Que n'ont pas vu les yeux rouverts

 

Dès qu'on s'en écarte le lit ne bouge plus

 

Qui sera dans la chambre quand nous aurons disparu ?

 

Les murs ne retiennent rien
Tout entier, tout entière,

On s'y écrase à deux mais bientôt
La sueur n'y sera que taches légères, errantes
Faites d'eau et de sel

 

Le soleil les noiera dans sa lumière

 

L'un peut-être à genoux devant l'autre,
On pose un vêtement, on le repousse
Et voici qu'il se recroqueville, animal rendu à lui-même
Comme en son terrier
Quelle autre main, quelle autre jambe
Commence-t-il à attendre ?

Grande est la patience de la porte entrouverte

 

 

Page 79

 

Ariane Dreyfus, "Le dernier livre des enfants"
Flammarion
, 2016.
 

 

 

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Captive

27 Novembre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

Peinture de Vilhelm Hammershoi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Elle sent le roseau qui grandit près de son coeur
 ses feuilles accueillent les oiseaux étranglés
 qui défont sa solitude

Semblables à de petites blessures
perdues dans le paysage

 

 

Le 27 Novembre 2016

Peinture de Vilhelm Hammershoi



 

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Laissez-moi aimer les oiseaux

13 Novembre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La pluie tape sur le bec du petit oiseau mort.
 

Je pensais trouver un peu de lumière à l'orée du soir

Je suis devenue une autre
Plus tendre                            Plus frêle 

 

Laissez-moi aimer les oiseaux.

 

 

 

Le 13 Novembre 2016.

Peinture de Léonor Fini, "Le visage endormi", 1973.

                         




                                   
                                  
                               
                                  


                         

 

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En ce jardin de Novembre

12 Novembre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Murmure aussi léger, qu'il frémit d'un battement d'aile de papillon. Il entre dans ma maison.
Nous sommes indissociables comme le vent et la plume, seulement égarés sur d'autres lèvres.

 

Que nous arrivera t-il après quand la parole sera revenue du chagrin ?

 

 

 

Le 12 Novembre 2016.
 

Peinture de Léonor Fini.

 

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Lydia Padellec : Mélancolie des embruns. Aquarelles de Catherine Sourdillon.

9 Novembre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1.

Je me suis assise sur un rocher face à la mer. Le soleil et une petite brise sur le visage. J'ai regardé la mer et j'ai commencé à dessiner des mots en pensées. Ils avaient la forme d'une île, chaque syllabe le grain de sable d'une plage encore déserte. Ils avaient le bruit léger des vagues, un froissement d'ailes dans le bleu.

 

Page 12

 

2.

Puis j'ai regardé mes mains. Paume tournée vers le ciel. Les veines comme des branches fines dépourvues de feuilles. Arbre d'hiver figé dans la neige de la mémoire. Le visage flou d'une petite fille qui me ressemble. Joue-t-elle encore dans un coin de ma tête ?

 

Page 13

 

3.

J'aspire profondément. La brise iodée parfume mes lèvres.
Derrière l'île, le bleu immense. Mer ou ciel, on ne sait. La
ligne d'horizon disparaît dans la brume qui se lève. Le cri
d'un oiseau déchire l'espace. J'attends le poème et ce baiser
qui ne viendra plus.

Port- Louis, septembre 2014

 

Page 20

 

4.

Elle se balance dans la brume comme un hochet d'enfant ou comme dans son rocking-chair une vieille tricotant maille après maille ses souvenirs pour mieux les retenir. Elle se balance dans le silence d'un bateau fantôme. Tangue comme une bouteille à la mer. Sans message à l'intérieur.
Sans mot ni secret. L'île. L'île en moi est muette.

 

Page 21

 

5.

Tu scrutes le grain de ta peau dans l'espoir de percer la chair du poème.

 

Page 31

 

6.

Non tu ne désespères pas. Tu saisis l'éclat insouciant de la lune sur les toits d'usines. 
Le poème te hante comme un navire naufragé de l'enfance. Comme un baiser sous 
une pluie battante un jour de guerre. Il est là où Dieu n'est nulle part.

 

Page 34

 

7.

Il pactise avec la terre et prend plaisir à faire pleurer les étoiles. Le poème, parfois, est ce gamin des rues qui s'amuse de la naïveté de l'aube. Orphelin de mots et de sensations, il vole les images, se joue du langage. Il déniche le temps derrière tes regrets et le jette en ricochets dans ta nuit blanche.

 

Page 35

 

8.

                  

                                                                                               Elle est retrouvée !
                                                                       -- Quoi ? -- L' Eternité.

                                                                       C'est la mer mêlée
                                                                       Au soleil.

 

                                                                       Rimbaud

 

 

Il pleut sur l'île une musique d'herbe. Un duvet de mélancolie se dépose sur chaque fleur. Le parfum des roses en est légèrement étouffé. Dans la chambre  l'ombre se déshabille et sa peau frissonne. Nue comme au premier jour. Elle se glisse dans les draps et m'étreint comme un essaim d'abeilles.

 

Page 41

 

9.

La main écorchée se noue aux bourgeons du magnolia. Je n'en ferai pas un bouquet car la saison déjà est passée.  Je ne viendrai pas non plus me recueillir sur la tombe de la mésange. Mon jardin est une île minuscule où la mousse bleuit du trop plein de ciel.

 

Page 44

 

10.

Chaque jour je mords dans le galet à défaut d'embrasser l'aube.

 

Page 46

 

 

 

Poèmes extraits du recueil de Poésie " Mélancolie des embruns"
Editions Al Manar,

Septembre 2016

 

 

 

 

.

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Piet Lincken Edith Södergran : A itinéraire suédois, (petite) rivière

8 Novembre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Trois fois je regarde
Je sens qu"il est là il s'est planqué au bar j'ai 
remonté ma casquette sur mes yeux le temps
s'est mis à passer lentement la tasse écumante
sur la table de bois dessus la table cette sorte de
nuage blanc.
Dehors sous quelques pas de neige un immeuble
étranger un immense immeuble de béton et de
fer, derrière la vitrine qui me sépare de la rue
l'air complètement étranger.

-
Des fleurs grises et luisantes à une fenêtre, ces
fleurs, dans cette posture penchée vers le sol,
chaque détail inimitable, ces rues grises, dans la 
disposition même de ceux qui passent, dans les
éclaboussures d'eau sale.

Strandgatan
Haparanda, ville frontière Suède-Finlande.
De Haparanda à Helsinki : 755 km par la route

15/12/2010 : le soleil se lève à 9h45 et se couche à
12h50. Le jour aura duré 3h et 5 minutes.

 

Piet Lincken
Page 40

 

 

rouge comme le magma d'Hekla*, ma lave, ma légende

fait naître la rancune, ne peut atténuer la loyauté trahie
car ce qu'elle porte au doigt est venaison amère,
qu'elle rende à mon coeur son refus, noué aux flancs, un fil

de soie me coupant la lèvre : bouche de chêne vert,
que vais-je faire ? Qui m'escorte si ce n'est la rage,
jusqu'aux bords du baiser ton amant est triste et s'enfonce.

On s'étend sur le sol vert mousse à la bouche,
aussi nu et sage qu'un nouveau-né.
Pour serrer entre ses cuisses des ronces.

 

*Hekla, volcan redouté du sud de l'Islande, toujours
actif.
1491 mètres.

 

Piet Lincken
Page 45

 

 

                                                      La couronne perdue

 

Je me désole comme si j'avais perdu une couronne légendaire.
O couronne de tous les rêves,
ce front blême s'inclinera-t-il et se résignera ?
J'ai tout connu.
Refuser les victoires, cela lui apprend-il l'humilité ?

 

Page 46

 

(E.S., "Framtidens skugga/Ombre du futur", 1920)

 

 

                                                     Le jour se refroidit...

I

 

Le jour se refroidit contre le soir...
Bois la chaleur de ma main,
ma main a le même sang que le printemps.
Prends ma main, prends mon bras blanc,
prends de mes fragiles épaules le désir...
Ce serait singulier à connaître,
une seule nuit, une nuit comme celle-ci,
ta lourde tête contre ma poitrine.

 

II

Tu jetas ta rose rouge de l'amour
dans mon sein blanc -
je retiens dans mes mains brûlantes
ta rose rouge de l'amour qui fane si vite...
O toi le souverain avec tes yeux glacés,
j'accepte bien la couronne que tu me tends,
que tu plies de ma tête à mon coeur...

 

III

 

Je vis mon seigneur pour la première fois aujourd'hui,
tremblante, je le reconnus aussitôt.
Maintenant, je connais déjà sa main lourde sur mon bras
léger...
Où est mon éclatant rire de jeune fille,
ma liberté de femme qui va la tête haute ?
Maintenant je connais déjà sa poigne sur mon corps
palpitant,
j'entends le son implacable de la réalité
sur mes fragiles, fragiles rêves.

 

IV

 

Tu cherchais une fleur
et tu trouvas un fruit.
Tu cherchais une source
et tu trouvas une mer.
Tu cherchais une femme
et tu trouvas une âme -
tu es déçu.

 

Page 52-53

(E.S, "Dikter/Poèmes"1916)

 

 

Il suffit de naître un peu ciel, un peu mer,
un peu insecte -
avec dédain, ne jouissons pas des nids,
dormons loin des ondes blondes, des yeux
et de la bouche
- Qu'ont-elles donc ces filles obstinées,
bleuâtres et
de mauvaise humeur ?
Préférer le ciel à la pensée,
l'élan vigoureux ou Dieu.
Il n'y a donc qu'un moyen d'être neutre et
seul, c'est de se débarrasser des adieux,
des maîtres, des passions, des humains
pour tout dire...

Une mer, un lac, une forêt : ah, la force de
l'inertie balancée par le vent !

 

Au-delà de Karesuando, il faut
passer en Finlande jusqu'à
Kilpisjärvi, au bord du lac du
même nom où le Treriksröset est
la rencontre des trois frontières :
norvégienne, finlandaise et 
suédoise.

 

Piet Lincken
Page 56

 

 

 

                                                                         Du lever de soleil

 

Humanité, humanité,
de la même manière que la pluie tombe du ciel
je fais un pas sur la terre.

 

Mes yeux bienheureux ont vu les étoiles,
j'ai capturé l'éclair dans ma main droite,
puissance, puissance qui dégorge sur mes lèvres.

 

La destinée fit de moi la gardienne du soleil du levant.
Saluèrent toutes les étendues autour de nous -
un nouveau jour maintenant naît.

 

Page 68

(E.S., "Framtidens skugga/Ombre du futur", 1920)
 

 

 

 

Extraits du recueil de Poésie de Piet Lincken  Edith Södergran, A itinéraire suédois,
Atelier de l'agneau
2011


 

 


 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

Piet Lincken

Piet Lincken

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Piet Lincken Edith Södergran : A itinéraire suédois

1 Novembre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                            A /O

 

 

 

A Eros

 

Eros, toi le plus cruel de tous les dieux.
pourquoi me guidais-tu jusqu'au sombre pays ?
Lorsque les fillettes ont grandi jusqu'à
être exclues de la lumière
elles sont jetées dans la pièce sombre.
Mon âme ne planait-elle pas comme une heureuse étoile
avant qu'elle ne soit tirée dans ton anneau rouge ?
Vois, je suis liée des mains et des pieds,
sens, je suis contrainte par toutes mes pensées.
Eros, toi le plus cruel de tous les dieux :
je ne fuis pas, je n'attends pas,
je souffre seulement comme un animal.

 

Edith Södergran
Page 12
le pays qui n'est pas, 1925
Traduction : Piet Lincken

 

 

Je t'ai vue la première fois, tendant les mains vers le
renard,
d'une autre façon encore aux plumes merveilleuses
des oies cendrées, une foule de choses, de l'oeil au geste,
que je raconterai plus tard, pour éviter les pertes du vol
d'hiver.

En apparence errent mes yeux,
au milieu de quelques ares de bois,
si chaud ton visage qui m'empêche de voir,
heureuse peut-être la prairie que ton pied a foulé,
notre course est si leste
que les busards volent pour l'extase dans cet air
saturé de salive.

Le vent emporte bien,
enlève la goutte, le nuage, la souche

 

Piet Lincken
Page 13

 

 

Vierge moderne

 

Je ne suis pas une femme. Je suis neutre.
Je suis un enfant, un page et une hardie résolution,
je suis une riante raie d'un soleil écarlate...
Je suis un filet pour tous les poissons gloutons,
je suis un vivat en l'honneur de toutes les femmes,
je suis un pas vers le hasard et la perte,
je suis un saut dans la liberté et en soi-même...
Je suis le chuchotement du sang dans l'oreille de l'homme,
je suis un frisson de l'âme, le désir et le refus de la chair,
je suis un panneau d'entrée du nouveau paradis.
Je suis une flamme, cherchant et effrontée,
je suis une eau, profonde mais audacieuse jusqu'à hauteur des
genoux,
je suis feu et eau en sincère alliance sur de libres conditions...

 

E.S, 1916
Page 14

 

Vouer tout homme à la servitude,
à la calamité d'un héritage, coupé comme un arbre
et jeté au feu : voilà ce siècle.

Des reins la semence se déverse et allège la chair,
jouir de la hardiesse des forces, ni vers le nord, ni vers le
sud, ni ailleurs,
la terre témoigne : c'est sous tes pieds que tu as de la 
richesse.

Habits somptueux, troupeaux de toute espèce,
chemin resserré mais large est l'horizon,
la chair ne connaît aucune tristesse :
sur l'eau subsiste une algue.

Ne point chercher le grand, le petit comble,
ne point se lever trop haut, le bas est à portée de main
                                   (l'ange aussi est descendu)
ne point tant user de mots

 

/Le temps s'est mis à passer lentement la tasse
écumante sur la table en bois dessus la tasse
cette sorte de nuage blanc qui s'élève vers le
ciel le temps qui passe a une lenteur équivoque.

Le long du lac de Tärna/

 

Piet Lincken
Page 15

 

 

Le vent souffle fort elle se cache le visage; le 
vent s'engouffre dans la robe et la robe gonfle.
Elle ouvre grand la bouche, elle avale l'air
chargé de poussière. La lueur que fait le soleil au
travers des nuages blanchit la peau. Elle essaie
d'ouvrir les yeux mais le froid lui fait couler deux
grosses larmes. Elle essaie de retenir la robe qui
se trousse. Elle essaie à nouveau d'ouvrir les 
yeux et par-delà des branches luisantes elle
entrevoit la baie saisissante de Sundsvall.

(quoiqu'il en soit elle se laisse pleurer, elle laisse
dégorger les yeux et cela lui réchauffe les joues)

 

P.L
Page 17

 

 

Hymne animal

 

Le soleil rouge se lève
sans qu'on y pense
et il est le même pour tous.
Nous nous réjouissons du soleil comme des enfants.
Viendra un jour où notre corps de poussière se décomposera
et pourtant tout cela sera pareil.
Maintenant le soleil continue à rayonner jusqu'au plus
profond de nos coeurs
se déversant sur tout inconsidérément
intense comme la forêt, l'hiver et l'océan.

 

(E.S," Framtidens skugga/Ombre du futur", 1920)
Page 33

 

 

Aujourd'hui, comme toujours, s'entredéchirant,
le monde s'emporte, avec ses milliards de vies.
Le vent que je ne peux voir amasse autour de ma tente
des bêtes hailleuses, de la boue.

Rien ne dure. Même des lèvres lisses.

Au loin un élan se moque de la loi du monde, l'élan
n'est-ce pas, marche la nuit aussi et se couche ici
dans son trou.
La lune n'est d'aucune inspiration :
que de la lente transe qui n'est que de soi-même.

 

P.L
Page 37

 

 

 

 

Extraits du recueil de poésie, Piet Lincken  Edith Södergran, A itinéraire suédois
Atelier de l'agneau

Février 2011
 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dévoilée

23 Octobre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

Peinture d'Hanna Sidorowicz

Peinture d'Hanna Sidorowicz

 

C'est quand je suis dépouillée 
de tout que tu t'inscris en moi

 

Je n'ai plus rien dans mes poches
hormis ces petits cailloux
ramassés à la va-vite
près de ta bouche

 

Je peux encore te parler
mais pas de ton Dieu.

Il n'y a pas de Dieu
où je vacille

 

Seules les mains
des statues m'émeuvent

 

Ces mêmes mains
qui font jaillir des serpents

 

de feu dans ma gorge.

 

 

 

 

 

25 Mai 2014- 23 Octobre 2016.

 

 



 




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rose n'est pas mon coeur

16 Octobre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

Photographie de Natalia Drepina

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lorsqu'il défait le sommeil des fleurs
                le visage
                où rien ne se passe

 

Que faire de ce coeur qui bat ?

 


               

 


               

 

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Sigurdur Palsson : Force de la poésie et autres poèmes

15 Octobre 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

 

 

 

 

 

                                     Force de la poésie  : son aire

 

 

Minuit

 

            Se frayer un chemin à la hache
            Temps venu
            la pendule devenant voyage

 

           Temps venu de
           se frayer un passage
           au travers de la forêt

 

           Syllabe après syllabe
          Percevoir la nuit
          derrière chaque arbre isolé

 

          Pas d'oiseaux pour chanter
          dans la nuit

 

         vers l'intérieur et l'extérieur

 

 

 

Aux rebords du toit

 

             Juste passé minuit
             le temps tremble
             un instant

 

            Ce minuscule frémissement du temps
            un vif frisson invisible

 

            emplit ma maison
            de colombes

 

           Elles me narrent des histoires
           c'est ainsi que je les connais

 

           mais on ne les voit pas
           même les gens les plus clairvoyants
           ne les ont jamais vues

 

          Ne sait pas où elles se tiennent
          m'imagine parfois
          qu'elles sont sur le rebord du toit

 

          Mais elles me narrent des histoires
          chaque nuit

 

          Après un minuscule frémissement du temps
          qui a empli de colombes
          ma maison.

 

 

 

Eternel matin

 

              De sombres ombres luisantes
              sur le tableau de peinture
              ne sont pas la nuit

 

             De sombres ombres luisantes
             sont de profonds baisers
             sans paroles

 

            Profonds baisers
            noire piscine
            d'yeux clos

 

            Masques fermement fixés
            finalement libérés des visages.
           Qui es-tu ?

 

           Ne pouvons le savoir
           n'avons qu'à continuer

         

           yeux fermés.

 

 

 

L'ombre

 

            Assis dans le coin comme je suis
            je projette une ombre
           sur la feuille
           la lumière est sur le mur

        derrière moi

 

           Ne veux pas que l'ombre
           parvienne sur la feuille

 

          l'ombre de moi-même
          alors que j'écris

 

          alors que je siège ici
          le soleil a inondé
          la rue étroite en bas

 

          un poème plus tard
          la pluie inonde
          la rue étroite en bas

 

         Toute autre
         toute autre rue
         où je fus un jour

 

        n'est pas
        n'est plus

 

 

 

                                                    Force de la poésie : sa nécessité

 

 

 

VII

 

Question : comment elle résonne
en réalité
la voix du rossignol

 

On a soutenu 
dans les écrits des sages
que sa voix était douce

 

Je ne le sais pas
Mais je sais qu'elle est

 

Dedans dedans dedans

 

je le sais dès que je respire
je le sais maintenant

 

quand ce premier chapitre s'achève
et que le premier son s'entend

 

Douce voix du rossignol
Premier son de facture intérieure
de l'être humain

 

Souvenir d'une pluie de diamants
La terre prête à la fleur
à la fleur d'or

 

 

 

IV

 

Huile sur le feu
Huile sur le feu du chagrin

 

Les fenêtres les portes
La maison tout entière est un instrument
un instrument à vent

 

pour le vent sourd
le quai aveugle
les brisants effrénés

 

huile sur le feu
huile sur le feu du chagrin

 

Plus sage de prendre garde à soi
contre les matériaux artificiels
L'étincelle du foyer pourrait attraper
la robe de soie artificielle

 

La pure soie en revanche
Elle ne prend pas feu
elle roussit seulement
et a l'odeur de cheveux brûlés

 

Huile sur le feu
Huile sur le feu du chagrin

 

 

 

                                                                Force de la poésie : sa source

 

 

Eau vive

 

Mon cri est silencieux
Tu l'entends tout de même

 

Le silence
Il retentit en toi
Retentit comme l'eau
l'eau courante

 

mon désir est silencieux
tu l'entends tout de même

 

le désir
il retentit en toi
retentit comme l'eau
l'eau qui désaltère

 

ma prière est silencieuse
tu l'entends tout de même

 

la prière
elle retentit en toi
retentit comme l'eau
l'eau vive

 

 

 

Fécondité et temps

 

Fécondité et temps
ensemble embrassées

 

parfaitement évident

 

Iles et océan
ensemble embrassés

 

Le ciel s'est empli de lait
tandis que nous dormions

 

 

 

 

Sigurdur Palsson, Force de la poésie et autres poèmes
traduits de l'islandais et présentés par Régis Boyer,
Edition L' Harmattan,
2013.

 

 

      
 

 

 

 

 

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