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Articles récents

Edith Södergran : poèmes

27 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

Edith Södergran
Edith Södergran
Aux quatre vents


Aucun oiseau ne s'égare jusqu'à mon repaire,
pas de noire hirondelle porteuse de nostalgie,
pas de blanche mouette présage de tempête...
A l'ombre des rochers, ma sauvagerie aux aguets
est prête à fuir au moindre frisson, au moindre
pas...
Ma félicité s'estompe et bleuit en silence...
J'ai une porte pour chacun des quatre vents.
Une porte d'or vers l'est-pour l'amour qui jamais
n'arrive,
une porte pour le jour, une autre pour la 
mélancolie,
une porte pour la mort - elle reste toujours 
ouverte.



Jours malades


Mon coeur est gardé à l'étroit dans une mince
crevasse,
mon coeur est au loin
dans une île perdue.
Des oiseaux blancs font la navette,
ils m'apportent le message que mon coeur est en
vie.
Je sais-comme il vit
de charbon et de sable
sur des pierres tranchantes.

Je reste couchée tout le jour et j'attends la nuit,
je reste couchée toute la nuit et j'attends le jour,
Je reste couchée, malade, au jardin du paradis.
Je sais que je ne guérirai pas,
désir et langueur n'en finissent jamais.
J'ai la fièvre comme une fleur des marais,
ma sueur est sucrée comme une plante poisseuse.

En bas, tout au fond de mon jardin, un lac
somnole.
Moi, qui aime la terre,
je ne connais rien de mieux que l'eau.
Dans l'eau s'échouent toutes mes pensées
que personne n'a vues,
mes pensées que je n'ose montrer à personne.
L'eau grouille de secrets !








 
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L'envolée

17 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

Photographie de Sarah Moon
Photographie de Sarah Moon

Je n'écrirai plus
J'ai cessé de croire que les mots avaient des ailes

   Comme une main posée
   Sur un deuil automnal


 
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Camille où êtes vous ? de Sylvie Andreu

16 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

Camille où êtes vous ? de Sylvie Andreu

 

 

 

Chère Camille, voici le livre que nous vous destinons, objet de rencontres inoubliables et d'émotions partagées. Mais comment pouvait-il en être autrement, quand on a la prétention de vous regarder en face et de s'interroger sur le sort qui vous a été réservé ? D'autres s'y sont essayés avant nous et chacun détient sa vérité, qu'il hésite à partager. Certains se sont excusés, prétextant : " Camille s'est éloignée." ou bien " Je n'ose pas."  Certains ont accepté de se livrer, car il s'agit de cela, intimidés par la proposition, mélange de pudeur et de crainte. Et enfin, d'autres se sont empressés, sous-entendant " Camille, c'est un peu moi." ! De quelle injustice, culpabilité ou folie êtes-vous l'incarnation pour que, 73 ans après votre disparition, il y ait encore tant de retenue à vous évoquer ? Et aussi étrange que cela puisse paraître, on vous connaît mal, prisonnière que vous restez des figures dominantes de votre frère et de votre amant. Pire, personne ne sait où est votre sépulture. Quelque part dans le Vaucluse ?
Et l'on a envie de crier " Camille, où êtes-vous ?. Ce que nous savons, c'est que vous vous êtes époumonée dans un monde d'hommes qui vous a si peu accordé. Ni l'accès aux Beaux-Arts, ni aux commandes publiques, vous privant du marbre qu'exigeaient vos projets. " Circulez, Mademoiselle Claudel ! il n'y a pas de place pour vous." avez-vous dû entendre à chacune de vos requêtes, jusqu'à finir par sombrer. La suite, on la connaît...Vous êtes morte en 1943, après 30 ans d'enfermement ordonné par Madame votre mère, sans visite ou presque, faute de soins et de nourriture, comme la plupart des malades aliénés pendant la guerre. Et quand votre famille s'est manifestée, il était trop tard. Avant ce livre, il y a eu le travail passionné, et forcément passionnant, de Jacques Cassar, Jeanne Fayard, Anne Delbée, Anne Rivière, Reine-Marie Paris, Bruno Nuytten, Isabelle Adjani, Gérard Depardieu qui, dans les années 1980, vous ont remise au monde. Bruno Gaudichon, Antoinette Le Normand-Romain, Anne Pingeot ont oeuvré pour ne pas réduire votre vie à cet amour tragique avec Rodin, ont réuni les pièces éparses d'une oeuvre que vous aviez en partie détruite et vous ont ouvert les portes des musées.
Aujourd'hui, avec Françoise Magny, conservateur en chef du musée Camille Claudel, et Adelfo Scaranello, architecte, il y a ce musée qui ouvre (2016), un musée pour vous à Nogent-sur-Seine (Aube), au coeur de cette ville de 6000 habitants où naquit votre vocation et où vous fûtes, adolescente, déjà géniale élève d'Alfred Boucher (1876-1879). Le fonds Camille Claudel le plus important offert à tous (42 oeuvres, sculptures et dessins) et une place à part entière dans l'histoire de l'Art, qui vous revient depuis si longtemps.
Et il y a eu ce matin pluvieux de février où nous nous sommes sans doute approchés au plus près de vous, entre Fère-en-Tardenois, dans le département de l'Aisne, où vous êtes née sans laisser de trace, et Villeneuve-sur-Fère, où est conservée la maison familiale. Le libraire de Fère nous avait indiqué le lieu-dit "la hottée-du-diable", à peu de distance de là. Lieu mystérieux, enclos et protégé dont personne ne nous avait dit mot, où l'on raconte que Paul et vous avez passé de longs moments de rêverie et de déambulation. Paysage de grès chaotiques, sculptés par le temps, abandonnés sur une mer de sable et de végétations rampantes. Et tout à coup nous sommes saisis, vous êtes là ! car tout semble indiquer que cette nature a pu être l'inspiratrice de vos sculptures. Au détour de sentiers nous reconnaissons La Vague (cf.p. 6-7), La Petite Châtelaine (cf.p. 47), La Valse ! Vous venez de là, comme une preuve tangible, sensible de votre passage sur terre. Le photographe qui nous accompagnait s'est longuement attardé... Nous tenions un moment magique. Ce livre Chère Camille... ne prétend pas dire la vérité, mais toutes sortes de vérités. Paul vous-a-t-il abandonnée ou s'est-il protégé ?
Auguste vous a trahie, sans doute, mais ne vous a-t-il pas aimée comme un fou ? Lequel des deux a le plus emprunté à l'autre ? Et deux génies peuvent-ils cohabiter ? La création et la destruction de votre oeuvre ne sont-elles pas du même ressort ? Que s'est-il passé entre vous et Debussy ? Plus qu'une valse ? N'est-il pas temps de dépasser le tragique de votre vie pour laisser place à l'oeuvre ? Y a-t-il une sculpture féminine ? Pourquoi y'a-t-il en chacun de nous "Quelque chose de Camille Claudel" ? Des experts, des amateurs éclairés, des amoureux fiévreux se sont donné le mot pour écrire ces lettres que vous attendez peut-être, quelque part.
Ils ont écrit ce qu'ils n'avaient sans doute jamais osé dire ou s'avouer. Ce n'est pas un catalogue d'exposition ni les actes d'un colloque savant, mais une diversité de regards venus de tous horizons et libérés de toute chapelle, d'une infinie tendresse et d'une étrange familiarité qui poussent certains au tutoiement, voire à la déclaration d'amour.
Ils (elles) sont artistes, petite-nièce, historienne, écrivaine, psychanalyste, galériste, cinéaste, architecte, commissaire-priseur, comédien, danseuse, pianiste, concertiste, fondeur en chocolat.
Ils (elles) se sont plié(e)s à l'esprit de la collection : une lettre, un poème, un texte, une déclaration, un dessin, un bâtiment, une photo, une sculpture, un collage, une phrase musicale, une valse et plus encore... une main tendue vers vous comme celle que vous avez si souvent représentée. Je laisse à Etienne Blot " votre infortuné éditeur", le meilleur de vos amis jusqu'au bout, le mot de la fin : " Le temps remettra tout en place". Nous y sommes, peut-être...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Préface du livre Chère Camille... 18 lettres A Camille Claudel,
Bernard Chauveau Edition,
2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Je porte l'orage à mes lèvres

15 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

Photographie, Andrea kiss.
Photographie, Andrea kiss.
​Puisse nos mains sauver le peu
               de ce qui reste

               et


Les baisers ne sont-ils pas les fantômes
                 d'un ciel énigmatique ?


                 




               
               
              
             
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Sophia de Mello Breyner Andresen : Jamais plus

10 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

Sophia de Mello Breyner Andresen : Jamais plus

 

 

 

Jamais plus
Tu ne marcheras sur les chemins naturels.

 

 

Jamais plus tu ne pourras te sentir
Invulnérable, réelle et dense -
Perdu pour toujours
Ce que tu recherchas par dessus-tout :
La plénitude de chaque présence.

 

 

Et ce sera toujours le même rêve, la même absence.

 

 

 

 

 

Poème issu du recueil " Malgré les ruines et la mort"
Collection Le Fleuve et l'Echo
Editions de la Différence, Avril 2000.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Saison muette

8 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

Photographie de Josef Sudek

Photographie de Josef Sudek

 

 

Et demain 

     Demain est un fruit sans saison
     dérobé
    à la lenteur des choses

 

    Il frappe ma poitrine / je suis un nuage de cendres
 

 

 

    

 

 

 

Le 8 Août 2016.
 

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Deborah Heissler : poème

6 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

Recueil de poésie Chiaroscuro
Recueil de poésie Chiaroscuro
​   rien sinon si loin déjà que la nuit, l'oubli

   que le jasmin et le miel
   le parfum de la figue loin dérobé et
   que l'aube rien

   sinon si loin que le bois d'ébène
   de quelques fruits au coeur encore
   nocturne

   ouvert sur ta nuque sèche







   Poème extrait du recueil "Chiaroscuro" de Deborah Heissler.
   Linogravures d'André Jolivet.
   Editions Encrages & Co, collection voix de chants, 2013.

            




                  
   
                    



                                     



   














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Chambre noire

3 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Poèmes

Photographie de francesca Woodman.
Photographie de francesca Woodman.
​Tu soumets à la grâce
 la férocité de ce qui te transperce


L'animal devient poème.









                 
                 
                           















 
 



 



 






   










 
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Sylvia Plath : Je suis verticale

2 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

Sylvia Plath, peinture de Melinda Hagman.

Sylvia Plath, peinture de Melinda Hagman.

 

 

Mais je voudrais être horizontale.
Je ne suis pas un arbre dont les racines en terre
Absorbent les minéraux et l'amour maternel
Pour qu'à chaque mois de mars je brille de toutes mes
     feuilles,
Je ne suis pas non plus la beauté d'un massif
Suscitant des Oh et des Ah et grimée de couleurs
    vives,
Ignorant que bientôt je perdrai mes pétales.
Comparés à moi, un arbre est immortel
Et une fleur assez petite, mais plus saisissante,
Et il me manque la longévité de l'un, l'audace de 
   l'autre.

 

Ce soir, dans la lumière infinitésimale des étoiles,
Les arbres et les fleurs ont répandu leur fraîche odeur.
Je marche parmi eux, mais aucun d'eux n'y prête
   attention.
Parfois je pense que lorsque je suis endormie
Je dois leur ressembler à la perfection ---
Pensées devenues vagues.
Ce sera plus naturel pour moi, de reposer.
Alors le ciel et moi converserons à coeur ouvert,
Et je serai utile quand je reposerai définitivement :
Alors peut-être les arbres pourront-ils me toucher, et 
   les fleurs m'accorder du temps.





 

Recueil Arbres D'hiver précédé de la traversée,
Poésie / Gallimard,
1999.

 




 

 

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Karin Boye : poème

1 Août 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

Karin Boye : poème

 

 

 

                                                    L'ARBRE
 

 

Quand ma porte est fermée, que ma lampe est éteinte
et que je reste enveloppée dans l'haleine du crépuscule,
je sens bouger tout autour de moi
des branches, les branches d'un arbre.

 

Dans ma chambre que nulle autre n'habite,
l'arbre étend une ombre douce comme un voile.
Il vit silencieux, il croît sans doute,
il devient ce que veut un inconnu.

 

Une puissance spirituelle, une puissance secrète
a mis sa volonté dans les racines cachées de cet arbre.
Parfois, j'ai peur, je demande anxieusement :
Sommes-nous si sûrement amis ?

 

Mais il vit calmement, il pousse tranquille,
je ne sais vers où il tend, vers où il veut aller.
Il est doux et magique d'habiter si près
de quelqu'un que l'on ne connaît pas...

 

 

 

Poème extrait du recueil "Pour l'amour de l'arbre",
Traduit du suédois
et présenté
par Régis Boyer.

Edtions Orphée
La différence, 1991.

 





 

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