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Claude Albarède : Le dehors intime

2 Février 2017 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1.

 

Ne pas souiller
ni ajouter
trop de poids 
au silence

Comme les pas
devant la neige
ne pas risquer
la page blanche

Aller au point
contre le vide
où l'horizon
s'ouvre en lumière

Gagner le large
du plus secret
nicher l'immense
au plus intime.

 

Page 17

 

2.

 

Quand tu veux dire
ce sont les mots
qui te retiennent
devant la porte
avant d'entrer

Faut-il saluer
celle qui reçoit
si jeune et si fière
en cheveux mêlés ?

Dénouer ses tresses
et trouver pour elle
les mots de personne ?

 

Page 20

 

3.

 

Au plus près
quand la terre
avec le pas
devient
présence de mémoire

ou poussière d'été
soulevée par sa hâte
à gagner la lumière

sans trêve ni patience
au plus près de l'oiseau
dans l'âme du serpent

qui s'élance avec l'air
ou s'ébroue
sur la terre.

 

Page 21

 

4.

 

Dans la chambre fraîche
le bourdonnement d'une mouche bleue
l'idée d'un pétale pris dans les rideaux
l'espagnolette en clé
longue contemplation
cultivant les désirs

J'écarte un peu le drap de lit
juste ce qu'il faut
pour ne pas déranger la solitude

Elle est si près
avec son corps brûlant.

 

Page 24

 

5.

 

Si le poème nous échappe
"Présent d'absence" est un beau titre
chaque mot réussit sa course
à l'entame du coeur blessé
un bouquet d'immortelles y tremble
source et sèves perpétuées

Comme si le ruisseau qui file
à la rencontre du courant
ne donnait pas l'envie d'attendre
près d'un arbre qui prend racine

Poussées par un vent déchirant
ces paroles autant que des feuilles
ont rejoint le poème-osé
dans l'entre-bouche d'une source
où tremblant perdure un bouquet.

 

Page 31

 

6.

 

Comme un chemin
qui s'échappe
et débute

tu restes là
déjà ailleurs
parmi les pierres
et le chemin

Tu fuis les rues
du vieux village
tu restes là et tu t'échappes
comme un chemin
qui boîte un peu
en s'en allant
parmi les pierres

Les bras perdus
le dos voûté
dans la lumière
lourde à porter.

 

Page 32

 

7.

 

Le temps erre et ne passe pas
nous partons, revenons, tentons
d'atteindre
parmi les ruines la vie qui dure

Leur pauvreté nous dépossède
elles n'ont d'intime
que le dehors perdu

Où l'herbe germe la pierre s'ouvre
cherche à donner le coeur qui manque 
comme ces mots si attendus
que la poussière tombe en poème

Cette victoire de chaque instant
que le temps foule
et désagrège.

 

Page 44

 

8.

 

Le jour devant l'abîme
je ne peux faire plus
que le vent
le nuage

Je ne peux penser plus
que la marche le long
de la crête et du vide

Ni réussir
comme cet arbre
debout en soi
si solitaire

où je m'asseois
pour me donner
le temps d'atteindre
ce que je sens.

 

Page 60

 

9.

 

Une lampe allumée
brouille plus juste encore
la nuit de sa lumière

Derrière la buée
de la vitre les gens
effacent peu à peu
le visage qu'ils ont

à l'offre du foyer
donné dans le silence
corps à corps rapprochés

Quoi leur dire de plus
que ces mots embués
écrits du bout des doigts
sur la vitre muette

qui se griffe en passant ?

 

Page 74

 

10.

 

Quand le vent passe
comme un rideau
dans la lumière
où s'ouvriraient
deux lèvres rouges
la neige est tendre

comme un vertige
qui oublierait l'irréparable
pour effacer, voluptueux,
le froid rupestre

ou comme un cri libérateur
de ces tenailles
qui bloqueraient
le seul plaisir
de fondre en douce.

 

Page 103

 

 

 

Claude Albarède "Le dehors intime" avec peintures de Marie Alloy
Editions l'herbe qui tremble
2016

 

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Martine 04/02/2017 02:30

Des mots qui s'insinuent en nous et nous ouvrent un chemin neuf...rare!