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Francesca Woodman

30 Juillet 2016 , Rédigé par Sophie Lagal Publié dans #Les Autres-Miroirs et moi

Francesca Woodman, White socks, Providence, Rhode Island, 1976.

Francesca Woodman, White socks, Providence, Rhode Island, 1976.

 

 

 

" le corps féminin. Chanté à travers les âges, représenté, décrit, encensé, objet de tous les soupirs,
idéalisé. Mais également l'objet de tabous, réglementé, disséqué, analysé, confiné, exploité, subordonné. Au regard de l'homme, à son pouvoir, à sa voix de narrateur. Il y a tellement d'histoires sur nous et sur nos corps, presque jamais racontées par nous-mêmes. 
Comment le figurer de l'intérieur ? Dire l'expérience de vivre avec, dans ce corps. Et surtout : l'expérience de vivre avec, dans toutes les représentations de ce corps ? C'est une recherche de fond. Elle me paraît essentielle.
Les photographies de Francesca Woodman sont l'oeuvre d'une toute jeune femme. Il y a des choses qu'une jeune personne voit plus clairement, quand elle n'est pas encore faite aux compromis, aux zones grises de la vie. Tout est plus net, éclairé d'une lumière plus tranchée, les sensations sont comme taillées dans le vif. On s'oriente à la boussole des questions sincères qui traversent le corps, ces grandes questions qui demandent du courage, de l'intelligence, une conscience en éveil, pour être posées. Des questions de fond.
Mais on se tromperait en croyant que j'entends par l'oeuvre d'une toute jeune femme quelque chose de tendre ou de romantique. Ce qui nous touche et nous inspire dans le travail de Francesca Woodman, c'est bien plutôt la force et la richesse d'expression.
Elle est euphorisante, cette force. Furieuse, insolente, ludique, sensible, rêveuse, mélancolique, rebelle, humoristique, douloureuse, investigatrice et vivante. L'artiste met en scène et raconte, elle prend sa place dans l'espace. (Ses photographies "prennent place".) Et même dans le temps, ses images sont comme des fragments d'histoires, qui se prolongent en dehors du tirage, au plus profond du regardeur.
Ce n'est pas simple, l'investigation peut faire mal. La quête de sincérité peut se révéler douloureuse, mais c'est la seule voie possible si l'on prend sa tâche au sérieux. La femme et son corps sont l'un des motifs les plus courants de l'histoire de l'art. L'homme tient le pinceau et la femme se laisse représenter. Un artiste de sexe féminin doit se positionner d'une manière ou d'une autre par rapport à cette dichotomie. Peut-on la désactiver ? C'est à mon avis ce que fait Francesca Woodman. Le paradoxe est qu'en se prenant elle-même pour objet, l'artiste devient aussi le sujet narrateur. Elle utilise son propre corps pour mettre en scène une objectivation, qui s'annule par le fait qu'elle est aussi le sujet de l'image, créatrice regardante et régissante. 
Furieusement libérateur ! "

 

 

Anna-Karin Palm - Extrait du catalogue de l'exposition.

 

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